Le défi du trimestre

27/06/17→Défi numéro cinq OU Défi du printemps : « Donner envie de lire trois ouvrages en trois phrases maximum (ou presque!) »

1) Le carnet du (presque) poète de Bernard Friot (Éditions De la Martinière Jeunesse).

Ce livre ne comporte pas de numéros de pages.

Ce livre est une source infinie d’idées poétiques.

Ce livre est beau.

Ce livre s’ouvre souvent et au hasard : à chaque page, une trouvaille.

Ce livre se lit, ce livre se regarde, ce livre s’écoute (eh oui), ce livre fait vivre la poésie.

2) Culottées de Pénélope Bagieu (Éditions Gallimard Bande dessinée).

Grâce à cette BD, à ses illustrations colorées, pleines de drôlerie et tout en finesse, vous découvrirez une bande de fille qui, de l’Antiquité grecque au Libéria des années 90, en passant par l’Angola, la Finlande ou la France, ont marqué leur temps par leur indépendance, leurs convictions et leur courage.

3) L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante (Éditions Gallimard ; collection Folio).

Lisez ce livre pour goûter à une écriture riche de nuances et d’une délicieuse finesse ; pour assister à l’éclosion d’une pensée chez une jeune fille qui s’observe tout autant qu’elle tente de comprendre sa fascinante amie; pour entrer dans la tentative d’analyse rétrospective de deux chemins de vie – à la fois proches et opposés – dans la violence d’un quartier populaire de Naples, de l’enfance et ses jeux cruels aux affres de l’adolescence.

 

NOLWENN

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1) Culottées (Tome 1)  de Pénélope Bagieu (Éditions Gallimard Bande dessinée)

 Delia Akeley, Tove Jansson, Agnodice… Ces noms ne vous disent rien ? Ces femmes ont pourtant toutes marqué leur époque par leur témérité et leur détermination, en menant une vie libre, loin des cases dans lesquelles on aurait bien voulu les voir rester. Pénélope Bagieu nous aide à rattraper notre retard en nous racontant 15 destins de femmes hors du commun. Les illustrations subliment ces héroïnes qui suscitent l’admiration et donnent follement envie de leur ressembler.

2)Tropique de la violence de Natacha Appanah (Éditions Gallimard)

A travers 5 regards, une seule histoire. Terrible. Celle de Moïse, un adolescent livré à lui-même qui tente de (sur)vivre à l’enfer de Mayotte. Un récit haletant et captivant qui nous plonge dans un monde de violence où les gangs sont rois et dans lequel même un début d’amitié semble suspect.

3)La différence invisible  de Mademoiselle Caroline et Julie Dachez (Éditions Delcourt)

 A 27 ans, Marguerite comprend enfin pourquoi elle se sent si différente et en « décalage » par rapport aux autres. Elle est atteinte du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme qu’aucun médecin n’avait su lui diagnostiquer jusqu’alors. Cette découverte l’aide à mieux appréhender son quotidien et c’est une nouvelle vie qui s’ouvre alors à elle. Ce roman graphique, très instructif quant à cette pathologie, commence en noir et blanc pour se colorer progressivement au fur et à mesure de cette renaissance que l’on vit sous nos yeux.

MAELLE

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1)Profitez de l’été pour découvrir les bienfaits de la relaxation –ou méditation- grâce à cet essai absolument génial : Calme et attentif comme une grenouille de Eline Snel (Éditions Les Arènes) qui rend accessible à tous cette drôle de chose pouvant parfois sembler obscure, la pleine conscience. En plus, à l’intérieur il y a un CD avec onze exercices (courts !) dits par Sara Giraudeau, à la voix parfaite. Je vous le recommande chaudement.

2)Un autre essai, plus politique celui-là : Le revenu de base, une idée qui pourrait changer nos vies d’Olivier Le Naire et Clémentine Lebon (Editions Actes Sud ; collection Domaine du possible). À tous ceux qui refusent de se résigner, qui veulent croire qu’une autre façon d’appréhender notre société est possible et qui sont prêts à lâcher certaines de leurs idées reçues, ce livre est fait pour vous ! A lire et à relire car on ressort de cette lecture avec plus de questionnements encore.

3)Pour finir, je voudrais vous parler d’un magazine « d’actu dessinée » normalement destiné aux moins de vingt ans : TOPO. En réalité, je le pique de temps en temps à ma fille aînée parce que ce magazine est bourré d’informations passionnantes sous la forme de BD et je n’ai pas honte de dire que j’apprends (ou réapprends !) plein de choses grâce à ce bimestriel très bien fichu et qui ne traite pas de l’actualité « à chaud » mais qui prend le temps de reposer les bases.

PIEDRAPEQUEÑA

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1)Stephen King –22/11/1963- ou comment j’ai remonté le temps jusqu’à mon adolescence pour en retrouver le frisson fantastique que me procurait alors le roi du genre, ses thématiques obsessionnelles s’entremêlant ici à la légende américaine. (22/11/1963. Stephen King. Éditions Albin Michel, 2011)

2)Une leçon de scénario à rebondissements condensée dans une course poursuite ininterrompue de 140 pages, un exercice graphique de plus au crédit du Lewis Trondheim plaçant à l’époque les jalons d’un style prolifique. (Mildiou.  Lewis Trondheim. Editions du Seuil : 1993. Éditions L’Association : 2017)

3)J’ai beau les lire et les relire, y’a pas moyen, ce Bouzard me fait pouffer et pleurer les yeux au bout de quelques cases. Y’a pas, c’est de la magie ou alors un goût tordu pour les dialogues finement ciselés fourrés dans des tronches pas possibles. (The autobiography of me too free. Bouzard. Éditions Les requins marteaux : 2008)

THOMAS CRAYON

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27/03/17→Défi numéro quatre: « Faire la chronique d’un premier roman en expliquant son choix »

« Les enfants sont formidables » répétait chaque dimanche un Jacques toutes dents dehors à l’époque où j’ai lu ce livre la première fois. Mais plongez-les à l’état de nature, sans adultes et regardez le bordel. Ils font moins les malins. Je ne sais pas quelle enfance a eu l’auteur mais il se serait un peu fait tabasser dans la cour de récré que ça ne m’étonnerait pas.

Après un crash aérien au moment de la seconde guerre mondiale, même si le contexte temporel n’a que peu d’importance, une bande de gamins se retrouve livrée à elle-même sur une île qui s’avère vite déserte.

Des personnages, on ne sait quasiment rien. À peine quelques prénoms, à peine quelques âges, jamais leur nombre total. Une hiérarchie s’impose d’emblée au groupe, comme un jeu, quelques règles aussi mais elles feront long feu devant l’absence d’une autorité clairement désignée ou respectée. Ce qui intéresse William Golding c’est ce tiraillement humain entre les instincts primaux et le modelage de la civilisation sur les êtres, encore plus flagrant chez des enfants. Une chose est sûre, j’en possède moi même quelques uns de différents modèles et  je pense qu’ils seraient éliminés au premier conseil.

L’écriture et l’histoire perturbent dans un premier temps. Phrases courtes, dialogues hachés, interruptions nombreuses. Tout est saccadé, le texte est comme ces enfants qui passent sans transition d’un état à un autre face à chaque nouvel événement. La géographie de l’île elle-même est difficile à cerner alors qu’ils en font quasiment le tour. Elle ressemble plus au fatras de lianes décrit dans la forêt qu’à une carte précise. Mais peu à peu, alors que se dessinent les personnalités des principaux protagonistes, que leur vernis scolaire et social s’écaille,  le livre prend doucement une autre tournure. Le milieu hostile est moins le problème que les différentes aspirations des personnes, c’est avec elles qu’il faut composer (ou non) et plus avec la nature et les besoins premiers. Commence alors une accélération, une tension qui sera exponentielle jusqu’à la fin et vous empêchera de lâcher le livre. Mon souvenir était flou mais cette relecture l’a confirmé. Souvent classé en littérature jeunesse, ce roman se révèle d’une cruauté qu’on n’ose attribuer aux enfants mais qui reste enfouie au fond de chacun de nous.

Le podcast des bibliomaniacs m’a donné envie de m’y replonger, coup de bol c’est le premier roman de Golding, ça collait avec ce thème!

Je l’ai relu en une journée.

Ce fut un bon dimanche sous vos applaudissements.

(Sa majesté des mouches. William Golding. Gallimard: 1956 pour la traduction française. Collection Folio: 1983)

THOMAS CRAYON

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Me voilà face à un nouveau défi : écrire sur un premier roman. J’y pense depuis longtemps déjà et m’étais dit que ce nouveau thème serait l’occasion pour moi de me plonger dans un classique, le premier roman d’un écrivain du XIXème par exemple et puis… Il y a les choses telles qu’on les imagine et il y a ce que nous réserve le hasard.

J’aime bien aller à la médiathèque de chez mes parents parce que c’est plus grand, parce qu’il y a beaucoup plus de choix que chez moi, plus de nouveautés aussi et j’ai donc profité d’être chez eux quelques jours pour aller y jeter un œil. Et je suis tombée sur ce roman : Mingus Mood de William Memlouk. Mon choix était fait ! Non pas parce qu’il s’agit d’une nouveauté (le roman a été publié en 2011), non pas parce que je suis une adepte de jazz -pour être honnête, je suis totalement néophyte et ne connaissais même pas l’existence de Charlie Mingus avant la lecture de ce roman- mais parce que William Memlouk était dans le même collège que moi, que je le trouvais très beau du haut de mon 1m38 et que j’étais un peu en « admiration » devant sa classe et son élégance (il faut dire qu’en plus d’être une naine, je portais des survêtements et avais encore la coupe au bol !). Bref, j’étais très intriguée de découvrir son premier (et unique) roman.

Et je ne suis pas déçue car j’ai passé un bon moment de lecture. Je suis même enchantée d’avoir découvert ce roman, Mingus Mood, sans rien savoir du célèbre jazzman parce que je pense avoir pu lire ce destin d’homme sans me poser la question de la véracité des événements contés : ne rien connaître et permettre ainsi à l’histoire, à l’atmosphère de m’imprégner. Oui, ce Charlie m’a saisie : son étrange violence faite d’un désir de douceur mêlé à une rage incontrôlable, son parcours insensé d’homme noir des années cinquante, son intelligence instinctive, sa recherche permanente d’identité, son amour frénétique de la musique.

« Lui aussi lisait des livres –de la poésie surtout-, mais il se désolait de ne jamais trouver nulle part de remèdes capables de soigner ces silences sinistres qui lui fendaient la tête comme une bûche » (p.80)

« Charlie l’arrogant, Charlie l’impoli, Charlie l’indomptable qui avait eu le malheur de naître noir et de n’être rien. Charlie l’intranquille, l’isolé, l’exilé… Un peu ici, un peu ailleurs, jamais chez lui. » (p.142)

Pour faire découvrir cette folle vie d’un écorché vif, l’auteur choisit de laisser passer le temps –le roman se déroule en mille neuf cent quatre-vingt-un- et de ne pas utiliser le « Je » de Charlie mais celui d’un compagnon de toujours, narrateur presque omniscient tant il semble sentir à la respiration près tous les sentiments forts et contradictoires qui ont pu traverser Charlie Mingus à la fin des années cinquante, pendant ce voyage initiatique au Mexique, au moment de la création de son album « Tijuana moods ». Et cela donne plus de force encore au récit parce que naît de ces choix un souffle mélancolique, une épaisseur supplémentaire au portrait.

Belle surprise, donc, même si le style répétitif a un peu gêné ma lecture, lui donnant parfois un manque de légèreté, une certaine lourdeur, de par le rythme ternaire des descriptions trop présent à mon goût, comme si le lecteur savait « à l’avance » à quel moment l’écrivain allait en remettre. Paradoxalement, ce sont parfois ces répétitions et ce même rythme qui donnent plus de force à une ambiance ou à une émotion. William Memlouk a voulu aborder son écriture comme une partition de jazz, syncopée, nerveuse et il est vrai que ce qui m’a peut-être un peu dérangée est en même temps ce qui donne cette impression de musicalité et ce qui permet de mieux ressentir la violence des notes jouées par Charlie Mingus et l’âpreté du personnage. Je souhaite à William Memlouk de poursuivre sa carrière d’écrivain et serais curieuse de lire un autre de ses romans… Ravie aussi d’avoir découvert un jazzman et un album effectivement envoûtant (écouté pendant l’écriture de cette chronique !).

(Mingus Mood. William Memlouk. Editions Julliard: 2011)

PIEDRAPEQUEÑA

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27/12/16→Défi numéro trois: « Je fais une recette trouvée dans un livre (autre que de cuisine, bien sûr!) »

Nouveau trimestre… Nouveau défi ! Mais après quelques semaines de réflexion, je me sentais bien démunie. Il y avait bien Como agua para chocolate de Laura Esquivel où toute l’histoire tourne autour de la nourriture mais comme ce souvenir était lointain ! Il y avait aussi un ou deux polars de Manuel Vázquez Montalbán, dans lesquels je pensais me souvenir que Pepe Carvalho avait un rapport assez particulier à « la bouffe » (et pas que, d’ailleurs !). J’aurais pu partir sur « L’aller-retour » d’Aya de Yopougon (tome1) mais j’avais envie de nouveauté, je crois…

J’ai donc fait quelques petites recherches sur internet et mon choix s’est finalement arrêté sur La colère des aubergines de Bulbul Sharma (Editions Philippe Picquier). Mais pourquoi, me direz-vous ? Et bien pour être honnête, je ne sais pas trop… Le titre m’a plu ; c’était un peu comme s’il m’appelait. Et puis, j’aimais bien l’idée que ce soient des nouvelles avec plusieurs possibilités de recettes. Bien m’en a pris ! Car je ne suis absolument pas une spécialiste des plats indiens et encore moins des ingrédients qui vont avec !

J’ai fini par me décider il y a quelques jours (c’est compliqué de continuer de croire que l’on peut tout faire !) et j’ai corné la page 52 : « Gâteau de carotte ». Ce qui est chouette dans ce livre, c’est qu’il y a la recette du plat qui apparaît à la fin de chaque nouvelle.

Alors, c’était parti pour le gâteau de carotte mais pourquoi ce choix ? Premièrement parce qu’il n’y avait aucun ingrédient qui me semblait introuvable comme dans d’autres recettes et vu le temps qu’il me restait… Ensuite, je n’ai jamais fait de gâteau de carotte de ma vie et je crois même que je n’en ai jamais mangé ! En plus, il y a de la cannelle et moi, j’adore la cannelle. Et puis, pour terminer, j’ai beaucoup aimé la lecture de cette nouvelle : « En sandwich ». Vinod, le protagoniste, vit, pris « en sandwich » entre sa mère et sa femme qui ne peuvent pas se supporter et cela donne de drôles de scènes de vie, toutes en lien à la nourriture.

Je ne peux même pas vous dire si c’est bon car j’ai fait le gâteau aujourd’hui et il est conseillé d’attendre 48h avant de le déguster. Je ne peux pas non plus vous montrer mon œuvre totalement terminée car le nappage se fera au dernier moment mais je peux vous dire que j’ai passé un bon moment, seule dans ma cuisine, avec mes pensées et la radio en bruit de fond et j’ai mis les mains dans la pâte : j’adore !

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PIEDRAPEQUEÑA

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Le thème était sympa pour quelqu’un qui aime cuisiner sans vraiment avoir le temps de faire autre chose que de l’ordinaire, du quotidien.

Le thème était sympa pour quelqu’un qui aime lire sans vraiment avoir le temps de se plonger dans autre chose que des lectures succinctes ou utilitaires.

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Le thème était sympa pour quelqu’un dont les enfants aiment s’investir quand il s’agit de popote et de retourner une pièce de la maison à l’aide de farine et de graisses diverses pour s’en mettre plein le ventre au final. C’est donc sur proposition d’amoureuse et de progéniture que mon choix s’est porté sur « Mercredi c’est raviolis » même si chez nous, mercredi c’est plutôt steak/pâtes.

Farce Pâte Galettes Farce

Frit ou vapeur

Des ingrédients super basiques, des étapes bien détaillées, c’est le moins que l’on puisse espérer d’un livre jeunesse. Pourtant, même si seuls deux enfants sont au travail dans l’album très descriptif qui relate cette recette, une part de savoir-faire et/ou d’inventivité, de créativité est laissée en suspens et donne tout son intérêt à cette base de recette asiatique qui peut être tordue dans tous les sens une fois expérimentée.

THOMAS CRAYON

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27/09/16→Défi numéro deux: « Un livre/Une chanson »

Ma mémoire est une tome d’Emmental avec plus de trous que de fromage. Les rares moments clairs correspondent précisément au thème du jour : l’association de la musique et de la lecture. Ce n’est bizarrement plus le cas aujourd’hui mais la lecture allait forcément de pair avec l’écoute de morceaux « d’ambiance » dans mes jeunes années ; quoique, ce n’est pas si bizarre étant donné que je ne lis quasiment plus.

C’est d’autant plus étonnant que je peux presque dater l’apparition de ce cocktail devenu rituel.

J’ai neuf ou dix ans, nous sommes en 1986 ou 87 – je vais vous épargner une nouvelle métaphore fromagère mais là on est effectivement plus près du trou que du plein – je suis dans mon lit, côté fenêtre pendant que mon petit frère dort côté porte, séparés par une commode contenant nos vêtements et accueillant sur le dessus mon tourne disque jaune.

C’est le soir dans cette chambre d’appartement au papier bleu délavé, le vent commence à se faire entendre et secoue le volet roulant en pvc de ma fenêtre, une tempête est annoncée. Mon grand frère, qui a sa chambre à lui, a bien voulu me prêter son Walkman et ses cassettes pour la nuit (trouvez moi quelqu’un qui disait vraiment baladeur à l’époque), je ne sais pas pourquoi mais j’avais dû anticiper un sommeil long à venir.

Et voilà, nous y sommes. La chambre, le vent, le Walkman. Je les vois et les entends instantanément, ils sont liés, en moi pour toujours : New Order et Percevan.

L’association des deux me fait sourire mais cette nuit là et malgré l’absence d’arrière-rapide sur le walkman c’est le « Blue Monday » de New Order que je me suis passé en boucle et peut être même avec son Remix à la suite (mais je ne suis pas sûr qu’il fut déjà sorti), tout en décortiquant les cases des albums de Percevan, une bande dessinée d’heroic-fantasy à la sauce franco-belge de Luguy et Léturgie dont j’empruntais la série complète presque tous les mois à la bibliothèque. Pourtant, chose amusante, je crois que je n’ai jamais vraiment lu ces albums entièrement, mais j’ai passé des heures entières à en contempler les dessins qui, pour des gros-nez franco-belges n’en étaient pas moins inquiétants. Les décors, les couleurs, les sourires cruels des méchants et fourbes qui y apparaissent donnent à ces histoires un aspect malsain qui m’hypnotisait. Alors avec une couche de musique new-wave gothique faite de grosses nappes de synthé et de voix gutturales, l’ambiance était complète, rajoutez une sympathique tempête qui faisait claquer le volet de plus en plus fort contre la fenêtre sous laquelle je dormais… Je devais être maso.

Je me souviens avoir enfin trouvé le sommeil avec un album d’Indochine.

Plus tard c’est à nouveau à des lectures inquiétantes que sont liées certaines chansons, une de Kate Bush en boucle pendant la lecture de Ça de Stephen King et pas mal de Dead Can Dance pendant les lectures de Lovecraft, oui, je m’en rends compte en écrivant, je devais effectivement avoir un côté maso.

percevan

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THOMASCRAYON

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J’ai beau réfléchir, je ne me souviens pas d’un livre qui m’aurait fait penser à une chanson ou une chanson qui m’aurait fait penser à un livre, je veux dire, je ne me souviens pas de cela dans mon enfance, ni dans mon adolescence… C’est très étrange car je suis plutôt « balaise » en souvenirs… Mais là, rien, que dalle, nada… Impossible de retrouver une ambiance musicale pendant mes lectures d’avant ni d’un bouquin pour lequel je me serais dit : « Mais oui, mais c’est bien sûr ! ».

Mais ça, c’était avant !

Pour la première fois, il y a quelques mois, j’ai découvert l’étrange sensation de lire un roman avec, en arrière-fond, dans un coin de la tête, une chanson qui revient comme un leitmotiv incessant. Je suis un peu embêtée car il se trouve que ce roman, c’est un polar que j’ai déjà chroniqué pour le blog et je n’en avais pas parlé à ce moment-là car j’avais aussi une référence de BD concernant l’auteur et je n’avais pas réussi à placer ce parallèle troublant… Cependant, oui, quand j’ai lu Condor, de Caryl Ferey, j’ai eu une mélodie, quelques paroles (je ne connais pas la chanson par cœur !) qui revenait sans cesse : « Les écorchés » de Noir Désir (chanson tirée de l’album « Veuillez rendre l’âme », 1989). Je ne sais pas si c’est le rythme insufflé par l’écriture de Caryl Ferey parce que, dans ce roman, on a l’impression que tout va très vite et encore plus vite ou si ce sont les paroles elles-mêmes de la chanson qui m’ont renvoyée à la relation si puissante entre les deux héros –Gabriela et Esteban- relation « jusqu’au boutiste » … Ou encore si c’est parce qu’il y a des mots clés dans la chanson qui renvoient inéluctablement à l’atmosphère que nous décrit Caryl Ferey : « Des villes en folie », « et on n’dort pas », « allez enfouis-moi », « dans les déserts », « étouffe-moi si tu peux », « nous les écorchés vifs », « emmène-moi, emmène-moi, on doit pouvoir se rendre écarlates »…

Je ne sais pas. Peut-être pour ces trois raisons ou pour autre chose, qui serait de l’ordre de l’inconscient et qui ne pourrait donc pas vraiment s’expliquer mais ce qui est sûr, c’est que pour moi,  désormais, « Les écorchés » et Condor sont liés et pour longtemps.

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PIEDRAPEQUEÑA

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Dream on the road

Lorsque Piedrapequeña nous a proposé ce défi un livre / une chanson – une chanson / un livre, un air a résonné immédiatement à mes oreilles :

« Sing with me,

sing for the year,

sing for the laughter,

sing for the tear… »

En 1973, Aerosmith sortait « Dream on » …

« Sing with me,

if it’s just for today,

maybe tomorrow,

the good lord will take you away… »

En 2014, je l’écoute à m’en rendre ivre et je hurle :

« Dream on, dream on, dream on,

until your dreams come true ! »

Été 2014, voyage dans l’Ouest américain.

Chaleur ocre, poussiéreuse ou froid vert, profond. Paysages à couper le souffle, routes infinies, horizons démultipliés… Rêve américain, Jack Kerouac et faille temporelle.

1957 / 1973 / 2014.

J’écoute ce refrain encore, toujours… Et alors que j’observe déserts, canyons et forêts défiler derrière les vitres de la voiture, des passages de On the road me reviennent à l’esprit.

Aux bords de routes, je me rends compte à quel point je n’ai pas compris, saisi, ce texte à l’époque de ma lecture. Je me souviens avoir regretté amèrement de ne pas l’avoir là, avec moi, dans cette voiture. De ne pouvoir confronter le voyage de Kerouac au mien, de comparer ses kilomètres aux miens, mes rencontres aux siennes.

Était-ce aussi cela Kerouac, se confronter au réel ? Chercher, exister, souffler, fuir, rêver jusqu’à ce que nos rêves deviennent réalité ? Et peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.

« Ma garce de vie s’est mise à danser devant mes yeux, et j’ai compris que quoiqu’on fasse, au fond, on perd son temps, alors autant choisir la folie. »

On lit souvent que Sur la route n’est pas un livre mais un état d’esprit.

Sur la route de la Death Valley, au cœur du Nevada, j’aime à le croire.

Être seule au monde dans ces paysages lunaires, croire en cette solitude et chanter pour moi, pour l’écho.
Kerouac et Aerosmith sont liés à jamais au bitume de ce road trip.

Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route.
« Nothing behind me, everything ahead of me, as is ever so on the road. »

sur-la-route

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MARTHA

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27/06/16 →Défi numéro un: « Le livre qui a changé ma vie »

Il est de ces œuvres à la puissance évocatrice qui laissent, bien des années plus tard, des traces sur notre chemin de lecteur.

Des histoires qui ont, par leur ambiance, les images suggérées, un personnage, creusé un sillon dans notre esprit.

Je ne sais si ce livre a véritablement changé ma vie mais il a certainement changé ma condition de lectrice. Il a résonné en moi à l’époque comme jamais et résonne aujourd’hui encore intensément.

Début des années 90. Je dois avoir entre 8 et 10 ans quand je l’ai entre les mains pour la première fois. Mes parents n’étaient pas de ceux qui s’assoient à notre chevet le soir pour nous lire des histoires à ma sœur et moi, mais la bibliothèque familiale était toujours bien fournie et largement accessible :

 La reine de l’île, d’Anne-Marie POL (1986, Castor Poche Flammarion)

Une mention à l’intérieur « Cécile C. » indiquait qu’il avait appartenu à ma sœur aînée auparavant.

            Liselor, la reine de l’île…

Je ne saurai dire en combien de temps j’ai pu dévorer, engloutir, cette histoire. Mais je peux affirmer que j’étais Liselor, qu’elle était moi.

Une première et véritable identification de la jeune lectrice que j’étais à un personnage. Cette sensation qu’à l’histoire inventée par Anne-Marie POL, c’était superposée la mienne, à une époque où je passais tout mon temps chez ma grand-mère, au bord de la mer. Que c’était de moi dont parlait cette île, cette reine :

Liselor, 12 ans, et son grand-père vivent seuls sur l’île de Roc-Aël, battue par les vents, dans un vieux manoir, aux larges des côtes bretonnes.  Tu es la reine de cette île, lui dit-il souvent.

Le vent, les embruns, les goélands, les cheveux en bataille, les escapades pieds nus sur la lande, les chandails trop grands et usés…

            Liselor, c’était la personnification même de la liberté. LIBERTÉ, ce à quoi j’aspirais. Et la lecture pour la première fois, aussi loin que je m’en souvienne, me permettait d’être libre. D’être ici et ailleurs. D’être soi et autre.

Aux différents événements imaginés dans cette histoire (la vente du manoir, l’arrivée des gendarmes, la disparition du grand-père, le retour de la mère…) sont venus se mêler des sentiments réels. Mes propres sentiments. La douleur de la perte, la colère et cet appel à la liberté. Intense. Entre les lignes du texte, au-delà de l’histoire. Dans l’air iodé. Dans les cheveux de Liselor, dans les miens. La force des vagues, la force de ce jeune personnage.

Si je ferme les yeux, je nous revois, elle, moi.

J’ai lu et relu des dizaines de fois ce texte à l’époque. Liselor… Elle me suit, depuis toujours. J’ai déménagé souvent ces dernières années. Ce Castor Poche aux pages usées fût sans exception dans mes cartons. Tel un journal intime qu’on amène avec soi et qu’on aimerait relire un jour, avec curiosité, le sourire aux lèvres, faussement détaché.

Mais je ne l’ai pas relu alors que j’écris ces quelques lignes. Je veux conserver au creux de ma mémoire les souvenirs de cette lectrice de 8 ans.

Si je l’ouvre, qui sait ?… Tout pourrait s’envoler, au gré du vent breton.

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MARTHA

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On pourrait se dire que ce n’est pas possible, un livre qui change la vie, on pourrait se dire que c’est impossible un changement de vie après la lecture d’un roman, d’un récit, essai…

Pourtant, je sais que certains écrits ont changé ma façon de me sentir vivante, qu’il y a des auteurs qui me donnent la force d’avancer, de croire, de ne pas tomber. J’aurais pu évoquer Annie Ernaux, bien sûr, car cette femme représente tellement à mes yeux, parce qu’elle m’est indispensable mais aujourd’hui j’ai envie d’écrire sur une autre femme essentielle à ma vie : Anaïs Nin.

Tout part d’un souvenir précis de ma jeunesse : Le tome 3 de son Journal, dans la collection Livre de Poche, qui trainait souvent à la maison. J’étais petite mais cette couverture rose, avec une photo en noir et blanc d’une femme mélancolique au regard perdu, quelques fleurs dans les cheveux, a laissé une empreinte forte en moi, quelque chose d’indicible. En 2000, Sans jamais en avoir parlé avec ma mère (j’ai su beaucoup plus tard qu’il s’agissait d’un livre lui appartenant), je choisis d’acheter le tome 1 du Journal d’Anaïs Nin, dans une librairie de Lorient, au gré des découvertes, au hasard des rayonnages. Était-ce cette réminiscence de l’enfance qui m’a amenée à elle, inconsciemment, ou mon goût pour les écrits intimes ?

Je n’ai pas la réponse.

Mais je sais que ce journal a changé ma vie. Voilà ce que j’en disais il y a seize ans :

« Dimanche 17 septembre 2000

[…] Mais je crois –je suis même sûre- que l’élément déclencheur de tout cela est la lecture du tome I du Journal d’Anaïs Nin. Ses écrits ont transformé une partie de moi-même. Elle m’a révélé quelque chose que je ne peux pas expliquer (peut-être cela viendra-t-il plus tard…). Son univers m’a emportée dans un monde étrange. Dès les premières pages, j’ai ressenti comme une symbiose avec cette femme, morte l’année de ma naissance. Elle avait un lien tellement fort avec son journal ! […] Je crois n’avoir jamais ressenti ce que j’ai ressenti en lisant Anaïs Nin. A chaque fois que j’ouvrais ce bouquin, j’étais hors du monde, loin de tout le reste. Comme une sorte de rendez-vous quotidien… Rendez-vous intime avec une amie. Même quand je n’ouvrais pas le livre, il était dans mon sac à main, partout où je me déplaçais ; il était à côté de mon lit, au moment de retrouver le pays des rêves. Toujours elle était près de moi. Un apaisement. Parfois la naissance d’une colère. Le déclencheur d’une tristesse profonde. Ou encore un appel à la vie.

Anaïs Nin. Une révélation. Ma révélation. Une ouverture sur une partie de moi-même que je commence à peine à effleurer.

Anaïs Nin. Un bouleversement dans ma vie de femme.

BOULEVERSEMENT    xxx »

Et aujourd’hui, je m’aperçois qu’elle continue de changer ma vie, à chaque lecture d’un nouveau tome. Ce « quelque chose » que je ne pouvais nommer à vingt-trois ans, c’est sans doute ce que l’on appelle le féminisme, la prise de conscience qu’être une femme ne vaut pas moins qu’être un homme ; Anaïs Nin est aussi celle qui, une des premières, a levé le voile sur les mystères du désir féminin. C’est peut-être –encore et toujours- une histoire de transmission.

Et malgré la difficulté de se construire une relation mère-fille, sans le savoir, sans se le dire, ma maman m’a transmis le goût de cette lecture-là, ce besoin d’aller au plus profond de soi pour avancer ou, au moins, essayer.

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PIEDRA PEQUEÑA

 

 

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