Gardiens des Cités perdues – Shannon Messenger

 

Depuis l’âge de cinq ans Sophie Foster entend les pensées des gens autour d’elle et un jour, un étrange garçon lui apprend qu’elle n’est pas humaine. Elle doit quitter sa famille pour rejoindre le monde des elfes où elle se pose plein de questions sur son passé étrange. Tout m’a plu dans ce livre : L’histoire, les personnages, l’univers et le suspense qui donne envie de lire la suite (car il y a plusieurs tomes)!

 

(Gardiens des Cités perdues. Shannon Messenger. Editions Lumen : 2014)

 

Week-end à 1000! Le vrai. Bilan du défi à trois…

 

Mais oui! Un petit bilan s’impose tout de même.

Pour M., le défi a été largement réussi … en 23h! 1026 pages. Toute la liste qu’il s’était préparé. Je crois que, contrairement à l’an dernier, il a bien aimé le côté « défi », objectif à atteindre et toutes ses lectures lui ont plu:

Trois romans: Un caillou dans la poche de Marie Chartres, Poils à gratter d’Aurélien Loncke et Destination jeux vidéos (tome 2) de Geneviève Guilbault.

Trois bandes dessinées : L’histoire de France en BD de Dominque Joly et Bruno Heitz (il lui restait 172 pages); La fille de Vercingétorix de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad et Verte de Marie Desplechin et Magali le Huche.

Il a donc pu passer le reste de son week-end à jouer puisqu’une fois son objectif atteint, il n’a plus du tout eu envie de lire!

L., de son côté, a finalement dépassé l’objectif de départ ayant changé de stratégie dans les dernières heures du week-end et a réussi à lire 1068 pages!

Elle a lu très vite les deux romans Edgar sacré lascar de Marcus Sedgwick. Puis a terminé le tome 1 du cycle 1 de La Guerre des clans de Erin Hunter (91 pages restantes). Les choses se sont un peu « compliquées » pour elle quand il a fallu attaquer le quatrième ouvrage de sa liste: Gardiens des cités perdues de Shannon Messenger. Elle en a lu 268 pages avec grand plaisir mais elle n’avançait pas assez vite à son goût et avait un peu peur de ne pas réussir le défi! Elle s’est donc lancé dans la lecture d’un autre roman : Strada Zambila de Fanny Chartres (158 pages). A fini par choisir une BD … Pico Bogue légère contrariété de Dominique Roques et Alexis Dormal (48 pages) et elle a fini son défi à 22h le dimanche soir avec Les cavaliers de l’apocadispe (tome 1) de Libon, autre bande dessinée.

Wouah! Ils ont de quoi être fiers. Objectif réussi pour mes deux acolytes, dès la deuxième tentative du week-end à 1000 (8 ans 1/2 et 11 ans 1/2) !

De mon côté, bilan très positif puisque non seulement l’objectif des 1000 pages est atteint (1007 pages!) et que, cette fois-ci, toutes les lectures m’ont plu (sauf une).

J’ai lu 64 pages de Patria, de Fernando Aramburu. Que j’ai, par la suite, mis de côté, car mon cerveau a vraiment du mal à rester connecté longtemps et cela faisait au moins deux ans que je n’avais pas lu en espagnol … Lecture qui donne envie, qui a l’air passionnante, mais ce n’est pas le moment pour moi.

J’ai donc alterné entre BD et récits.

Ressusciter de Christian Bobin, dont j’ai déjà parlé dans la chronique précédente, que je n’ai pas aimé.

« Je me promets d’éclatantes revanches » de Valentine Goby. Récit qui évoque la passion de cette dernière pour la vie et le travail d’écriture de Charlotte Delbo, survivante des camps de concentration qui a « croqué la vie à pleines dents » une fois sortie de l’enfer et restée injustement méconnue pour Valentine Goby. Récit très fort, dont j’aime l’écriture; les écritures… Et qui me donne envie d’aller fouiller du côté de Charlotte delbo, que je ne connaissais pas. J’aime vraiment beaucoup Valentine Goby (vous pouvez aller voir par là ma chronique de Un paquebot dans les arbres).

Et puis il y a eu les quatre tomes de la bande dessinée Quatre soeurs de Cati Baur, d’après Malika Ferdjoukh. Et je remercie mes deux ainées qui me l’ont conseillée… Elles étaient sures d’elles; comme elles connaissent bien leur mère! C’était exactement le moment de lire  et de rencontrer Bettina, Enid, Geneviève, Hortense et Charlie (oui, elles sont cinq frangines!). Lecture(s) mélancolique(s), onirique(s), pleine(s) de douceur et de rebondissements avec quelques larmes versées… Et les dessins, les couleurs, quel délice pour les pupilles. On sent les embruns, le vent, les odeurs de gâteaux dans le four… Je les ai chéries pendant tout un week-end, et elles resteront sûrement longtemps encore dans mon petit coeur, cachées dans un recoin secret. Mon gros coup de coeur de ce week-end à 1000!

Anielka – François Taillandier

 

Mais quel ennui ! Quelle prétention d’écriture ! Je dis rarement du mal d’un roman mais là, je ne peux malheureusement rien faire pour le sauver. J’ai détesté de la première à la dernière ligne. Je n’ai rien compris, je crois, et j’ai surtout eu l’impression de « voir » un auteur qui s’écoute écrire, à travers cet espèce de narrateur omniscient qui nous fait aller de cette Anielka qui viendrait soi-disant d’un milieu un peu « populaire » à ce Will, metteur en scène torturé, branchouille et imbuvable dont elle s’éprend pourtant, malgré le fait qu’elle le trouve horripilant, tout en suivant les méandres de François, l’ « officiel » d’Anielka, représentant d’une bourgeoisie bien installée. Ce narrateur nous fait aussi découvrir une Annick-Aurore qui, elle, symboliserait la liberté de draguer qui l’on veut quand on veut comme on veut. Ce narrateur est sans doute l’auteur, je n’en sais rien, et pour tout dire, cela m’est bien égal. Je le redis, je me suis ennuyée ; je dirais même : ce roman m’a énervée avec l’utilisation de « beaux mots » mis là sans trop savoir pourquoi, pour « faire bien » ? Pour « faire cultivé » ? Pour se donner un genre ? (Mention spéciale à ce mot répété au moins six ou sept fois sur l’ensemble du roman : « anthropogenèse ») … Il m’a énervée avec une soi-disant structure du récit recherchée en passant d’un JE à un ELLE puis retour à la première personne.

Bref.

Impression de voir un mauvais film français des années 2000 qui se la raconte, dans de beaux appartements parisiens où tout sonne faux. Passez votre tour, vraiment ! Ce roman a vraiment très mal vieilli.

Petite pause-déjeuner pour me calmer un peu… Et entamer la lecture de mon troisième choix, en espérant terminer sur une note plus positive! Il est 15h et j’en suis à 703 pages. C’est compliqué mais je n’ai pas dit mon dernier mot.

 

 (Anielka. François Taillandier. Editions Stock :1999)

 

Les oreilles de Buster – Maria Ernestam

 

Voilà ! Je referme le roman Les oreilles de Buster ; après avoir tourné la dernière page de l’histoire assez inattendue et pleine de rebondissements de cette Eva au destin plus qu’extraordinaire. C’est un drôle de roman que ce roman, et il ne ressemble pas tout à fait à ce que j’ai « l’habitude » de lire (même en essayant de varier ses lectures, on a quand même souvent tendance à retourner vers ce que l’on connaît et aime !). Et ça fait du bien de sortir un peu des sentiers battus. Parce que, vraiment, si vous vous laissez prendre par ce prologue incroyable –en tout cas qui m’a personnellement beaucoup touchée- et cet incipit tout aussi incroyable :

 « J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution. » (p.13)

 vous découvrirez une histoire faite de silences et de révélations tonitruantes, de petits riens et de grands événements, de solitudes et de grandes tablées aux nuits sans sommeil, de paysages d’une beauté incroyable, d’histoires familiales qui se répètent implacablement. Presqu’implacablement devrais-je dire car Eva a plus d’un tour dans son sac pour tordre le cou à ce qui est déjà écrit ! Et c’est justement par ce moyen là –l’écriture- et grâce au cadeau d’anniversaire de l’une de ses petites filles que l’héroïne fera ressortir ses vieux démons. Il lui en aura fallu du temps avant de faire la paix avec son histoire : elle l’écrira à cinquante-six ans dans ce journal intime offert par Anna-Clara et tout prendra sens, sa relation à cette étrange petite-fille, sa relation à sa propre fille, à sa mère et aux hommes de sa vie aussi, évidemment…

Je n’ai pas envie d’en dire plus parce que vraiment, il faut se laisser happer par les mots d’Eva, par ses émotions souvent bien décrites, par ses souvenirs d’une précision troublante.

Merci à Dodo, qui me l’avait offert à mon anniversaire il y a déjà presque deux ans !

 

Et pour le moment : 390 pages lues. C’est pas gagné c’t’histoire !!

 

 (Les oreilles de Buster. Maria Ernestam. Editions Gaïa : 2011 ; Collection Babel : 2013)

 

City – Alessandro Barrico

Cela va sans dire, City  est un roman intéressant. C’est un roman déroutant, un roman vivant, un roman qui perd la tête, qui perd et nous fait perdre la boussole par sa fâcheuse manie à bouder les sentiers battus, à pulvériser les règles de la bienséance littéraire. Un vrai pied-de-nez. Un roman de ceux que je ne peux qu’aduler.

Et pourtant, difficile de dire que je l’ai même aimé. Intellectuellement, j’en ai incontestablement saisi l’intérêt et l’enjeu artistique, passionnellement, en revanche, le pacte n’a pas fonctionné : il m’a laissé froide comme de la glace et n’est pas parvenu à soulever l’enthousiasme auquel j’aurais pu m’attendre. Mais, que les choses soient claires, le roman n’est nullement en cause dans ce constat un peu décevant : c’est moi qui, dans ce moment plus fictionnel que le plus irréaliste des romans que nous sommes en train de vivre, moi et moi seule qui n’ai pas été à la hauteur, qui n’ai pas su extraire de mon être paralysé l’étincelle qui aurait dû éclairer le récit de la lumière qu’il méritait. Mais ce n’est que partie remise : je le relirai, dans un autre contexte, sous un autre éclairage, car nul doute, ils ont de quoi toucher et intriguer ces personnages étranges, hors-normes et atypiques qui traversent et tournent comme des toupies dans ce livre-ville, dans cette « City » dont ils sont autant de rues, qui sillonnent, s’allongent et parfois se croisent. Il y a ce  garçon de treize ans, Gould, ce génie précoce et associable dont la solitude extrême n’a d’égal que son imaginaire débordant et débridé, peuplé de compagnons de vie délirants, de fantasques récits de combats de boxe, de matchs de football. Il y a cette jeune femme, Shatzy, tout aussi insolite et insaisissable, dont la vie semble d’une légèreté absolue, presque irréelle, et qui, comme Gould, occupe le plus clair de son temps à inventer, à imaginer, à  s’obstiner à coudre sur un réel terne et inepte des motifs chatoyants et lumineux. Mais bien plus que de Shatzy et de Gould, c’est de leur rencontre dont il est question, de l’improbable point de jonction que constitue la rencontre incongrue de deux êtres incongrus. De la réalité objective de leurs existences, nous saurons bien peu de choses. De leurs mondes intérieurs, de leur fourmillante créativité intime, en revanche, nous saurons tout : le texte nous livrera, à travers de longues retranscriptions, de façon brute, les répliques des dialogues imaginés par Gould entre le héros champion de boxe qu’il s’est mentalement façonné et son entraîneur fictif, il nous embarquera, sans commentaires, guillemets ni style indirect, au cœur des pages du western déjanté que Shatzy n’a eu de cesse, tout au long de sa vie, d’imaginer, de raconter, et surtout de se raconter. La frontière est floue, dans les quartiers qui tapissent cette ville que constitue le roman, entre ce qu’imagine l’auteur et ce qu’imaginent les personnages imaginés par l’auteur. Le réel et l’irréel se frôlent, le dernier saturant le premier au point de s’y confondre et de s’y fondre, faisant en somme de la réalité de papier des personnages un simple support de lecture dans lequel nous plongeons sans plus savoir où donner de la tête. Cheminons-nous dans les ruelles entrelacées des fictions crées par les personnages eux-mêmes inclus dans une fiction, ou sommes-nous sur la route principale du récit, les détours fictionnels ne contribuant qu’à densifier les protagonistes ?

La question restera en suspens, mais peu importe la réponse, car, au fond, ce que nous applaudissons en silence à la lecture de ce livre protéiforme dépasse de loin ce qui apparaît à la surface rugueuse de celui-ci : car c’est bien l’écriture qui règne en maître sur ce territoire qu’elle semble régenter, et qui fait tenir en équilibre l’ensemble de ce contenu qui, sans elle, ne serait rien d’autre qu’un bric-à-brac sans queue ni tête. C’est l’écriture qui force l’admiration, par sa capacité à se mouvoir dans des espaces narratifs si disparates, c’est cette écriture à géométrie variable, cette écriture-caméléon instantanément capable de se teinter des couleurs du genre dans lequel elle puise son inspiration et se coule, elle seule qui occupe la scène du spectacle inqualifiable et déraisonné que nous contemplons, stupéfaits. Si les dialogues entre Shatzy et Gould empruntent par bien des aspects à ceux des bulles de bandes dessinées, allant jusqu’à en reproduire les silences, les monologues intérieurs de la jeune femme adoptent à la perfection les codes de la littérature la plus moderne. Si les longues séquences de western prennent des allures cinématographiques, les échanges verbaux entre le boxeur et son entraîneur, créés de toutes pièces par l’esprit fantaisiste de Gould n’ont rien à envier aux plus abouties des interviews sportives.

On l’aura compris : rien n’effraie la plume de Baricco. Dans cette City de l’imaginaire, sans même voyager ni aller bien loin, nous parcourons des kilomètres d’inventivité, nous embrassons d’un même regard le monde du réel et celui du rêve, nous sautons à pieds joints par-dessus toutes les barrières de tous les genres artistiques dont les carcans, un à un, tombent, pulvérisés par cette cohabitation créatrice dont émerge une curieuse et indéfinissable substance textuelle.

Rentrer plus en détails dans les arcanes de l’histoire que nous y lirons est une tâche vaine : comme tout parcours, ce livre est mouvement, il faut accepter de se livrer à sa dynamite comme à sa dynamique. Sans doute précisément est-ce cette immobilité momentanément imposée qui m’a empêchée d’entrer totalement dans la danse, de suivre pleinement le balancier de la mobilité consubstantielle à ce curieux objet littéraire. J’y reviendrai, quand j’aurai retrouvé la liberté de me mouvoir, et, j’en suis certaine, c’est avec toute la joie qu’il mérite, que je foulerai de nouveau le sol de cet étrange territoire.

(City. Alessando Baricco. Editions Albin Michel : 2000. 362 pp.)