Week-end à 1000! Bilan des courses, une semaine plus tard.

Vous l’aurez compris, ce dernier week-end à 1000 n’aura pas été une grande réussite pour nous.

M. aura tout donné le vendredi soir avec ses 232 pages et ses 4 Yo-Kai Watch puis aura lu avec peine une quinzaine de pages de Mon stress monstre entre le samedi et le dimanche. Allez, on va lui octroyer 250 pages pour son premier défi. Petit commentaire de sa part, samedi soir : « Je ne pensais pas que ça allait être aussi difficile; je n’ai pas envie de lire ». Je ne suis pas certaine qu’il me demande de participer la prochaine fois!

L., quant à elle, aurait sûrement lu bien davantage sans cette « injonction » de ces 1000 pages en un week-end… Elle a voulu essayer et n’est peut-être pas faite pour cela (un peu comme Cécile, finalement)! Malgré tout, on peut lui octroyer à elle aussi 250 pages avec le tome 6 d’Harry Potter, Le prince de sang mêlé. Et elle adore toujours autant ces aventures d’apprentis sorciers.

Pour ma part, je ne vais pas parler d’échec puisque j’ai tout de même lu 851 pages alors qu’à 14h, le dimanche, je n’en étais qu’à 421 pages! Mais je n’ai pas encore réussi à atteindre mon objectif personnel… Emotions très fortes à la lecture de La tendresse du crawl de Colombe Schneck mais surtout de Né d’aucune femme de Franck Bouysse, qui est effectivement pour moi la révélation de ce nouveau week-end à 1000. Je tenais d’ailleurs à remercier Lola d’ A l’horizon des mots pour son billet sur ce roman. C’est ce dernier qui m’a terriblement donné envie de plonger au plus profond des affres de la vie de cette Rose. A l’heure qu’il est, je n’ai toujours pas terminé Moi, ce que j’aime c’est les monstres et je dois reconnaître que j’ai énormément de mal à pénétrer le mystère de cet étrange et intrigant ouvrage! Par contre, j’ai tourné la dernière page de Frantumaglia il y a quelques heures à peine. Elena Ferrante m’aura une nouvelle fois tenu compagnie durant de longues heures de réflexions, de questionnements, de divagations, et ce avec grand plaisir. Aurais-je enfin trouvé LE mot qui dépeint si bien ma façon d’être au monde et aux autres?

Pour cette semaine à venir -faite de solitude et de tourments incessants- je me souhaite de réussir à poser quelques mots sur le papier pour vous dire mon amour des mots, qui se fait de plus en plus puissant, toujours plus fort et essentiel à ma vie.

Et je nous souhaite de belles découvertes littéraires!

Journal du voleur – Jean Genet

 

Afin de conjurer le sort –cette incapacité à écrire régulièrement dure depuis bien trop longtemps à mon goût- je m’efforce pour une fois de plaquer quelques phrases dès la lecture d’un livre terminée. Cela ne m’arrive jamais et est plutôt l’apanage de mon acolyte Cécile mais j’en ai assez de laisser trainer certaines choses ; j’ai de plus en plus la sensation de mettre de côté notre blog littéraire et cela ne me sied guère. Sous couvert de « je n’y arrive plus », « je ne trouve pas les mots », « je n’ai plus le temps », « je suis nulle » et autres fausses excuses, je poursuis mes lectures sans même y glisser quelques notes, quelques mots et cela même pour mes immenses coups de cœur (je n’ai toujours rien écrit sur Débâclede Lize Spit, qui a été d’une telle résonance pour moi l’an dernier !).

Bref.

Me voici devant mon ordinateur, Journal du voleur à mes côtés. Et j’attends que les mots me viennent.

En toute franchise, je ne connaissais Jean Genet que de nom et je ne me serais sans doute jamais penchée sur ses écrits si je n’étais pas tombée (en amour !) il y a déjà plusieurs années sur l’album d’Etienne Daho et de Jeanne Moreau « Le condamné à mort ». Il est à ce jour un de mes albums de musique favoris et je me devais d’aller faire un tour à la lettre G dans les rayonnages de librairies. Mon choix se porta sur ce Journal du voleur, allez savoir pourquoi.

Je me trouve dans un drôle d’état devant ce récit que je mis du temps à lire, l’écriture y étant à mon goût ardue, d’un style étrange et un peu nouveau pour moi, la construction dénuée de chronologie, Genet préférant se laisser porter par les souvenirs comme ils viennent, glanant ici ou là des ellipses, des flash-backs ou autres prolepses ; drôle d’état aussi par les propos de l’auteur pour le moins déconcertants, intrigants étant sans doute un terme plus juste pour dire mon attirance pour la vie et les pensées de cet homme.

« Dans ce journal je ne veux pas dissimuler les autres raisons qui me firent voleur, la plus simple étant la nécessité de manger, toutefois dans mon choix n’entrèrent jamais la révolte, l’amertume, la colère ou quelque sentiment pareil. Avec un soin maniaque, « un soin jaloux », je préparai mon aventure comme on dispose une couche, une chambre pour l’amour : j’ai bandé pour le crime. » (p.13)

Vous trouverez dans ce « journal » tout ce que l’on peut avoir habituellement dans un roman ou un récit : des héros aux corps sculptés, des mésaventures ou bagarres dignes d’un chevalier hors du commun, des réflexions philosophiques sur le monde qui nous entoure, des histoires d’amour toutes les trois pages… Mais la force de Genet est qu’il tord le cou à tous ces thèmes, il les triture, les fait siens en se foutant bien de la bienséance… Son propos est tout autre : les héros sont des vagabonds, des bagnards, des voleurs, des gars de rien qui n’ont rien à perdre, des sodomites d’une virilité à toute épreuve, où les maîtres-mots pourraient être la traîtrise et le crime toujours plus vil. Oui, Genet voue une passion pour les marlous en tous genres et surtout pour ceux-là même qui le traitent mal, le rabaissent, le méprisent.

Tel un parcours initiatique au milieu de la fange du début du vingtième siècle, Genet nous montre à voir, expose au regard ce que l’on refuse d’avoir sous les yeux, ce que l’on ne veut pas admettre dans la société de cette époque : la crasse, les poux, le vol, le sexe comme ultime consécration de l’amour, les maquereaux et leurs putes ; mais surtout l’incroyable subversion contre l’ordre établi de tous ces personnages. Et Genet en tête.

Lecture longue et ardue, donc, mais qui m’ouvre de nouvelles portes littéraires : je vais continuer ma rencontre avec cet homme hors du commun, où la pire horreur est magnifiée par la maîtrise de la langue, des mots, d’une poésie d’un genre nouveau.

« À la complicité qui nous unit, s’ajoute un accord secret, une sorte de pacte ténu, que peu de chose, semble-t-il, pourrait déchirer, mais que je sais protéger, traiter avec des doigts déliés : c’est le souvenir de nos nuits d’amour, ou quelque fois d’une brève conversation amoureuse, ou de frôlements acceptés avec le sourire et le soupir retenu d’un pressentiment de volupté. » (p.286)

 

                    (Journal du voleur. Jean Genet. Editions Gallimard : 1949 ; Collection Folio : 2007 ; première publication :1982)

Qui a tué mon père – Edouard Louis

 

J’aime Edouard Louis. J’aime les mots d’Edouard Louis. Et je crois que je les ai aimés dès la lecture de la première page de En finir avec Eddy Bellegueule. L’âpreté de ce qui est raconté, sans détours, sans fioriture. La violence intrinsèque à la condition sociale de ses « personnages ». Le regard dur mais tellement juste sur le monde qui nous entoure, notre société. J’y ai retrouvé exactement la même force avec Histoire de la violence.

C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais son prochain livre…

Dans ce court récit, Edouard Louis nous donne l’impression de devoir s’affranchir -telle une nécessité- des « règles » classiques de l’écriture dans la construction de ses phrases en jouant surtout avec la ponctuation ; s’affranchir des règles de la Bourgeoisie pour pouvoir parler de la violence (en filigrane mais de manière constante) de cette dernière à l’encontre de la classe populaire. Dans ce cas précis, il s’agit de son père, l’homme qui n’aura pas été celui qu’il voulait être, celui qui aurait sans doute aimé être quelqu’un d’autre. Il démarre son texte comme une entrée en scène –sorte de didascalie théâtrale- et on devine presque d’emblée qu’il va s’agir là d’un soliloque, malgré l’utilisation de la deuxième personne. Edouard Louis est seul, face à lui-même et face à ses souvenirs. Mais si j’avais tant aimé l’utilisation de la deuxième personne du singulier dans Lambeaux de Charles Juliet, elle m’a moins marquée ici. L’effet y est moins fort à mon goût même si on peut imaginer assez vite la raison de son utilisation.

En réalité, ce père tant aimé et détesté à la fois n’est pas mort. Il est même relativement jeune, une cinquantaine d’années. Mais il est abimé, détruit physiquement, par le travail et par la violence permanente de ceux qui ont le pouvoir et qui continuent de penser que baisser de cinq euros par mois des APL n’est rien (pour ne donner qu’un exemple très récent). Il a subi toute sa vie, la pauvreté, les pouvoirs publics, l’injonction d’être un Homme fort et surtout pas une mauviette, comme s’il avait plutôt survécu que vécu.

Et Edouard Louis dénonce, entend rendre justice à son père, symbole des laissés-pour-compte.

Si j’aime tant les mots d’Edouard Louis (je vous assure que j’avais les poils qui se hérissaient en l’entendant parler à la radio juste avant la lecture de ce récit : c’était en mai et je m’en souviens encore), je me dois d’être honnête. Je n’ai pas été transportée par cet opus. Peut-être trop court ou un peu trop « manichéen », sans doute un peu des deux… Mais je ne regrette pas sa lecture car il me semble tout de même qu’Edouard Louis est en train de devenir un auteur nécessaire dans le paysage littéraire de ce vingt-et-unième siècle. Et finalement, je m’aperçois qu’il m’a laissé plus d’empreintes que ce que j’aurais pu imaginer il y a quelques mois.

« Le plus incompréhensible, c’est que même ceux qui ne parviennent pas toujours à respecter les normes et les règles imposées par le monde s’acharnent à les faire respecter, comme toi quand tu disais qu’un homme ne devait jamais pleurer.

Est-ce que tu souffrais de cette chose, de ce paradoxe ? Est-ce que tu avais honte de pleurer, toi qui répétais qu’un homme ne devait pas pleurer ?

Je voudrais te dire : je pleure aussi. Beaucoup, souvent. » (p.19)

 

(Qui a tué mon père. Edouard Louis. Editions du Seuil : 2018)

Histoires du soir pour filles rebelles – Elena Favilli et Francesca Cavallo

 

Le premier plaisir est d’ouvrir l’enveloppe de Lecteurs.com, grâce à qui j’ai reçu ce bel ouvrage pour tous les âges : Histoires du soir pour filles rebelles. Le deuxième plaisir est de caresser le livre, d’abord avec les yeux puis physiquement, avec les mains ; le tourner dans tous les sens, se l’approprier car il s’agit là d’un très bel objet. Le troisième plaisir est de l’ouvrir, d’en apprécier les illustrations, la mise en page, les couleurs, les différentes polices d’écriture et puis, très vite, on regarde les noms de ces femmes aux destins inouïs… On se dit « En connais-je au moins quelques-unes ? »

Oui, quelques-unes, bien sûr, mais si peu…

J’ai choisi de prendre le titre au pied de la lettre et d’en faire les histoires du soir avec mes deux plus jeunes enfants… Rituel qui a duré quelques semaines. Chaque soir, ma fille et mon fils lisaient le sommaire et choisissaient une personnalité chacun. Chaque soir donc, nous découvrions deux nouveaux destins de femmes incroyables : Une réalisatrice, une rappeuse, une sportive, une femme politique ou une pirate… De tous milieux, de toutes époques, de tous âges. C’est vraiment bien fait et ces petites biographies leur permettent de prendre conscience que le plus important dans la vie est de croire en ses rêves, de croire en soi et que les femmes ont un rôle à jouer tout aussi important que les hommes dans nos sociétés. Ils ont adoré calculer leur âge, ou l’âge qu’elles avaient quand elles sont mortes, ils ont adoré mémoriser les différents noms, métiers, pays… J’ai même surpris ma fille (de neuf ans) se plonger dans Les culottées de Pénélope Bagieu suite à ces lectures du soir : Elle a fini les deux tomes alors que j’ai à peine commencé le premier !

Bien sûr, ces parcours de vie ne sont pas exhaustifs mais ils donnent une très bonne première approche, un peu comme une encyclopédie à avoir absolument chez soi. Et le parti pris est très intéressant car les auteures ont choisi non pas des photographies « classiques » mais de véritables œuvres d’art pour les portraits de chaque femme, comme si ces dessins ou peintures permettaient –avec à chaque fois une citation choisie- d’aller un peu plus loin dans notre imaginaire, nous laissant ainsi continuer l’histoire de chacune d’elle dans notre esprit.

Petit bémol –et pas des moindres !- qui m’avait traversé l’esprit mais qui m’a davantage encore sauté aux yeux quand mon garçon a fait le même genre de  remarque : « Pourquoi “pour filles rebelles” maman ? On devrait dire “pour garçons rebelles” aussi ! » et je suis d’accord avec lui. Pour moi, ce sont des histoires du soir DE filles rebelles et non POUR filles rebelles. Ceci dit, je trouve ça chouette qu’à six ans, mon fils ait déjà cette vivacité d’esprit !

Une chose est sûre : ce furent de bien beaux moments de lecture avec mes deux plus petits.  Et le fait d’écrire ces quelques lignes me donnent envie de m’y replonger avec délectation… Et avec eux !

(Histoires du soir pour filles rebelles. Elena Favilli et Francesca Cavallo. Editions Les Arènes : 2017)

 

 

La plus que vive – Christian Bobin

 

Lu dans la continuité de Philippe Delerm, Christian bobin et ce dernier sont des auteurs que l’on pourrait associer de par leur écriture, leur rapport au temps, une certaine idée de la nature mais –paradoxalement- ils ne m’évoquent pas du tout la même chose et je ne les lis pas tout à fait de la même façon.

Christian Bobin est un des écrivains de mon adolescence, dont je partageais le goût avec mon meilleur ami de l’époque, et puis… De la même manière que cette amitié a fini par s’éteindre, j’ai cessé de le lire, sans trop savoir pourquoi. Peut-être que les mots de cet écrivain me renvoyaient trop violemment à mon ami qui avait choisi un autre chemin. Aujourd’hui, il m’évoque une autre amitié, une plus récente ; je me dis que rien n’est un hasard et que c’est sûrement à force d’entendre parler ma « nouvelle » amie de son amour pour les mots et les livres de cet auteur que j’ai eu envie de m’y replonger.

La plus que vive est un récit sur la mort, sur la disparition de celle que Christian Bobin a chérie durant près de vingt ans : Ghislaine.

« L’événement de ta mort a tout pulvérisé en moi.

Tout sauf le cœur.

Le cœur que tu m’as fait et que tu continues de me faire, de pétrir avec tes mains de disparue, d’apaiser avec ta voix de disparue, d’éclairer avec ton rire de disparue. » (P.11)

Ainsi débute le portrait de sa bien-aimée. Portrait où se mêlent sans cesse la violence et la tendresse, la mort et la vie, la plus grande des tristesses et le bonheur d’être là, simplement et humblement. Oui, je trouve qu’il s’agit là d’un très beau portrait de femme. C’est ainsi que je l’ai lu. Et même si les sous-entendus à la religion m’ont parfois gênée (j’ai toujours peur qu’une forme de prosélytisme surgisse dans ce genre d’écriture), je me suis souvent retrouvée dans cette Ghislaine. À tel point que j’ai proposé à mon compagnon de lire ce petit ouvrage, pour avoir son avis, qu’il me dise « Ah, oui, c’est vrai, je te retrouve dans les traits de cette femme », qu’il se sente apaisé par les mots de Christian Bobin.

Mais pas du tout ! Il n’a pas aimé ce texte, il a trouvé l’auteur donneur de leçon, un peu prétentieux, et y a même vu parfois des relents de misogynie ‘involontaire’. Oui, il a bien remarqué les pages cornées, les phrases qui m’ont plu un peu plus que les autres mais il n’a pas eu du tout le même regard que moi, n’y a pas du tout perçu les mêmes choses que moi et après quelques minutes de déception (tout de même !), je me suis dit que c’était cela la lecture : un rendez-vous entre les mots d’un inconnu et soi ; presque entre soi et soi finalement. Je me suis dit aussi qu’on ne peut jamais avoir de certitudes sur ce que l’autre pense, désire, aime… L’autre, qu’il soit un amoureux (ou une amoureuse !), un(e) ami(e), un membre de la famille, une nouvelle rencontre. Et finalement, cela a rendu la lecture de ce petit récit plus riche encore.

 (La plus que vive. Christian Bobin. Editions Gallimard ; collection L’un et l’autre : 1996)