Les gens dans l’enveloppe – Isabelle Monnin/ Alex Beaupain

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Il y a un peu plus de neuf mois, une amie très chère qui me connaît bien m’a offert une pépite, un ovni littéraire, un objet magique qui fait presque monter les larmes aux yeux quand on le découvre pour la première fois : Les gens dans l’enveloppe. J’avais eu « la chance » de ne pas en avoir entendu parler avant, ce qui allait me permettre de démarrer la lecture de ce livre vierge de tous commentaires et de me laisser glisser dans les mots d’Isabelle Monnin et dans ceux d’Alex Beaupain avec délectation.

Tout m’a émue. La couverture, le titre, l’idée même de ce projet, l’histoire imaginée et celle bien réelle. Les photographies, les belles coïncidences, le disque, écouté avant puis après la lecture et réécouté de nombreuses fois depuis…

Sans trop savoir pourquoi, Isabelle Monnin achète un jour un lot de deux cent cinquante photographies sur internet et les reçoit quelques jours plus tard, chez elle, dans une enveloppe. Elle les regarde, les sent, s’en imprègne et les range. Elle ne sait pas encore ce qu’elle va en faire mais l’idée va germer, au fil des mois : « L’idée est simple : je dois raconter les gens dans l’enveloppe, les raconter autant que l’on peut, jusqu’à ne te fatigue pas tu ne peux rien en dire de plus. Je sais faire deux choses : inventer des histoires et enquêter. Romancière, journaliste, deux vies. Je sais imaginer des personnages, entendre leurs voix ; je sais retrouver des gens et les écouter. Dans l’enveloppe, il y a tout de suite deux livres, un roman et une enquête. » (p.181)

On ouvre d’abord la porte du roman grâce à une écriture simple et sincère, une écriture qui se fait poésie, comme un léger souffle dans la nuque. L’histoire d’une famille ordinaire à travers cette fille, Laurence, et de son père, Serge. Une histoire faite de silences, d’absences, de douleurs qui restent à vif. «  Je ne parle pas, sauf dans ma tête où je discute avec tout un tas de gens. Sinon, je préfère laisser de longues plages de silence entre moi et les autres. Ça énerve un peu mon père mais pas mamie Poulet qui dit Oh ça nous repose des pipelettes. Le silence, c’est pour être certaine de bien tout entendre, une arme de sioux. Je regarde le ciel, j’écoute les nuages et la terre. Avec mes petits mocassins à perles, je m’aplatis sur le chemin et je stéthoscope le sol à l’affût de son retour. » (p.29)

Il y a les photos, ensuite, comme pour sentir à l’intérieur de soi  -quelques instants encore- les voix de ces êtres de papier ; peut-être aussi pour que chaque lecteur puisse s’inventer une autre histoire de ces gens dans l’enveloppe.

Puis arrive l’enquête : retrouver ces personnages, les faire exister, leur donner la parole : une autre des obsessions d’Isabelle Monnin ? On sent la souffrance et la peur de l’auteure dans ces pages, on sent à quel point vouloir se rapprocher de ces anonymes est une façon de se rapprocher d’elle-même, de ses propres absences, de ses propres douleurs. Son écriture sous forme de journal, plus intime,  m’a troublée tout autant que la première partie. Je crois que la force de cet ouvrage est la pudeur avec laquelle tout est dit. Le trésor d’Isabelle Monnin  est son enveloppe ; le nôtre est son livre magnétique. Et je pense forcément à Annie Ernaux :

 « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ».

 

(Les gens dans l’enveloppe. Isabelle Monnin avec Alex Beaupain. Editions JC Lattès : 2015)

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