Le loup en slip – Wilfrid Lupano (scénario); Mayana Itoïz (dessin et couleurs)

J’A-DO-RE !

J’aime l’univers créé dans ces pages aux couleurs presque surannées qui donnent à l’ensemble le charme désuet d’une illustration des années cinquante. J’aime cette forêt où tout le monde flippe et où tout tourne autour du même sujet : la PEUR ! J’aime la façon dont est dessinée, mise en scène l’exploitation marchande de ce sentiment tellement « humain ». J’aime l’humour présent par petites touches, présent dans les détails, ce qui lui donne encore plus de poids à mon avis. J’aime comment Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz réussissent à montrer à quel point ce drôle de zouave, Le loup en slip, est fantasmé par toute une communauté… Mais quelle belle parabole avec notre société où l’on voudrait nous faire croire que seule la peur compte : la peur de l’étranger, la peur de celui qui est différent, la peur de ses sentiments profonds, la peur de ne pas posséder suffisamment, la peur de n’être pas assez protégé. Rajoutez à cela une bonne dose de fable philosophique (« Mais quelle est notre raison de vivre ? ») et vous avez ce très bel ouvrage, qui plaît aux petits comme aux grands et qui dit tellement de nos maux, tout cela avec le sourire (crispé ?).

Une fois encore, merci à Lecteurs.com pour ce cadeau, gagné grâce à l’un de leurs nombreux concours.

(Le loup en slip. Wilfrid Lupano. Editions Dargaud : 2016)

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Grosse colère – Mireille d’Allancé

 

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un album jeunesse que nous avons à la maison depuis près de quinze ans… Grosse colère. Il est d’actualité pour moi parce que malgré mon âge qui voudrait que j’acquière une certaine sagesse (au moins que je commence !), je suis en colère, très en colère pour un tas de raisons : le travail, certaines personnes de mon entourage, la façon dont se profilent les présidentielles, l’attitude de nos hommes politiques, la situation des femmes (qui se font traiter « d’hystéros » dès qu’elles l’ouvrent un peu en plus !) qui équivaut pour moi à un racisme quotidien, presque « invisible », vous savez celui qui fait régulièrement entendre « mais non, ce n’est pas grave, ce n’est pas ce qu’il a voulu dire » ou « Rrhoo, faut pas tout prendre mal comme ça », etc.

Eh bien oui, en ce moment, je suis en colère. C’est curieux les coïncidences du quotidien car avant-hier soir, mes deux plus jeunes ont voulu relire ce petit livre que j’avais presque oublié et il m’a fait du bien…

Un soir, Robert –cinq ans peut-être- rentre à la maison après une très mauvaise journée et s’en prend à son papa, qui ne l’entend pas de cette oreille. Et c’est une fois puni dans sa chambre qu’il sent monter en lui une drôle de Chose qui sort de lui et qui va faire toutes sortes de trucs bizarroïdes !

Il m’a fait du bien cet album parce qu’il met en images et en mots un drôle de sentiment qu’on a tous en nous, qu’on a tous plus ou moins de mal à dominer et il pose la question essentielle de quoi faire de lui quand il est là et qu’on ne peut plus faire semblant. Il a fait du bien à mes p’tites zouailles aussi parce qu’il permet de relativiser, de prendre un peu de distance et j’ai même pu leur expliquer que moi, cette histoire, ça m’était déjà arrivé pour de vrai alors que j’étais bien plus âgée que Robert (j’avais dix-sept ans !!) et non, ça ne leur a pas fait peur (quoi ? Maman capable de faire ça alors qu’elle était déjà un peu grande ??), je crois qu’ils ont plutôt pensé que ce sentiment bizarre et parfois indomptable, tout le monde pouvait le ressentir et pas seulement les petits comme Robert… Lecture du soir très rapide mais très riche qui peut se faire à tous les âges (enfin, presque, je ne le lis plus à mon aînée qui va avoir quinze ans !) et qui peut aider à faire sortir les mots et les sentiments compliqués qu’on a dans sa tête.

(Grosse colère. Mireille d’Allancé. Editions L’école des loisirs : 2000. Collection lutin poche: 2001)

La Passe-Miroir ; tome 1 : Les fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

 

Après une lecture assez longue, riche mais « éprouvante » de l’indescriptible Le Garçon de Marcus Malte (par chance, mon acolyte avait déjà lu et chroniqué ce roman car je crois que j’en aurais été bien incapable !), je décidai de m’accorder un peu de légèreté en me plongeant dans un univers qui m’est totalement étranger, la littérature jeunesse… Littérature “young adult” devrais-je écrire pour être plus précise ou parce que d’un point de vue marketing, c’est ce qui se dit… Ou alors, littérature “Fantasy”, genre dont je suis complètement néophyte, à vous de choisir. Toujours est-il que la couverture du roman choisi me plaisait et que j’en avais entendu du bien. J’ai donc démarré la lecture de La Passe-Miroir ; tome 1 : Les fiancés de l’hiver assez enjouée et curieuse de découvrir un nouveau genre.

Ophélie, jeune femme maladroite et mal fagotée, vit sur l’arche d’ « Anima », entourée de sa famille et surtout de ses objets, dont elle peut lire le passé. Elle a un autre don : elle est capable de traverser les miroirs pour aller là où bon lui semble. Elle est simple et réservée, elle semble heureuse et elle aime la compagnie de son grand-oncle. Ce bonheur ne va pas durer car elle va devoir quitter son monde afin d’épouser un homme qu’elle ne connaît pas, Thorn (le prénom à lui seul lui donne des frissons), qui non seulement ne fait pas partie de son clan mais surtout qui vit sur une autre arche hivernale et antipathique, le « Pôle ». Pourquoi elle ? Elle ne le sait pas mais s’aperçoit assez vite qu’elle est l’objet d’un complot mortel. Elle va donc devoir faire face à une multitude de mésaventures, à nombre de situations dangereuses pour comprendre ce drôle d’univers qui l’entoure et pour ne pas mourir.

Soyons francs, je ne vais pas me faire que des amis aujourd’hui ! Oui, je suis allée faire un tour sur la blogosphère et je n’ai trouvé presque que des critiques dithyrambiques sur ce roman mais j’ai du mal à partager complètement cet enthousiasme.

Je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment de lecture, ce serait mentir… Je dois même avouer qu’il y a de fortes chances que je lise la suite car on reste forcément un peu sur « notre faim » étant donné que le premier tome s’arrête en plein suspens. La protagoniste est assez attachante, sorte d’anti-héroïne pleine de maladresse et l’on suit sans déplaisir son récit semé d’embûches, belle allégorie du passage de l’adolescence au monde désenchanté des adultes, comme un rite de passage, un conte initiatique, en quelque sorte.

Moi qui ne suis pas très « fantasy », j’ai bien aimé l’idée de l’ancien monde qui a explosé pour donner naissance à diverses arches, flottant dans les airs, chaque arche ayant un système politique différent, une culture différente et là encore, le côté métaphorique m’a plutôt bien plu.

Les personnages secondaires sont plutôt bien construits et permettent à l’héroïne d’avancer dans sa réflexion, dans sa prise de conscience mais…

… Voilà, ce roman manque de subtilité et de profondeur. On sait presque dès les cinquante premières pages comment vont évoluer les personnages, la trame restant somme tout assez « binaire », malgré quelques tentatives de donner un peu plus de corps à certains personnages. Ce qui m’a le plus gênée, je pense, ce sont justement ces descriptions qui reviennent à chaque nouveau dialogue, descriptions répétitives et assez pauvres d’un point de vue littéraire. Quand je lis une fois, puis deux, puis trois que Thorn est grand, maigre et qu’il a un regard glacial, je n’ai pas besoin qu’on me le répète constamment. Un exemple parmi tant d’autres.

Mais je le redis, j’ai passé un moment de lecture assez agréable et je suis tout de même contente de m’être plongée dans une nouvelle « arche » littéraire, un peu comme Ophélie, finalement.

 (Les fiancés de l’hiver. Christelle Dabos. Editions Gallimard Jeunesse : 2013)

De la petite taupe… – Werner Holzwarth / Safari dans la bouse – Marc Giraud

Pour les petits.

 

Devenir propre c’est très dur : la première fois sur le pot que j’ai vu cette chose…. Mais comme c’est étrange et ça fait peur !! Pourtant je connais l’odeur, j’ai déjà vu la forme lorsque j’ai rendu visite à papa et à maman dans les toilettes. Mais là ça vient de mon corps !!!!

Un classique très drôle et rassurant quant aux choses du corps…

(De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête. Werner Holzwarth et Wolf Erlbruch. Editions Milan : 1999)

Pour les plus grands.


 

Le caca, un des sujets préférés des enfants. Mais qu’en connaissent-ils ? Pas grand-chose à vrai dire.

Découvrez ce monde (merveilleux) avec Safari dans la bouse: de sa fabrication (chez la vache), son odeur, ses pets associés (et l’effet de serre), ses habitants (avec la vie sexuelle des mouches à merde), jusqu’au bousier sauveur de l’Australie, un vrai petit (régal) carnet de curiosité drôle et instructif.

(Safari dans la bouse. Marc Giraud et Roland Garrigue. Editions Delachaux et niestlé : 2014)

 

Les enquêtes de John Doeuf – Tristan Pichard (auteur) et Christophe Boncens (illustrateur)

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Dans ces quelques lignes, je souhaite vous faire découvrir un véritable coup de cœur en évoquant une collection de livres pour les 4-7 ans : Les Enquêtes de John Doeuf.

Ce sont de véritables polars jeunesse dans lesquels le raton-laveur John Doeuf est confronté à des délits perpétrés dans son voisinage. Il va alors mener son enquête en écoutant les témoins, en relevant les indices, en interrogeant les suspects… Le lecteur est invité à seconder notre enquêteur en faisant appel à son esprit logique et à son observation pour exploiter le faisceau d’indices et parvenir ainsi à la clef de l’énigme.

L’écriture est intelligente. Elle met au niveau d’enfants tous les codes du polar, ménageant ainsi le suspense et éliminant une à une les fausses pistes.

Les illustrations (coup de crayon tout en rondeur et couleurs vives) sont particulièrement réussies et ne sauraient être isolées du texte tant l’osmose est parfaite.

Les enfants s’impliquent, observent, cherchent des indices au fil des pages, se prennent au jeu pour trouver qui est le responsable et, par conséquent, se laissent piéger par les premiers éléments de l’enquête. Mais, progressivement, les fils du mystère se dénouent et arrive la satisfaction de la mission accomplie.

Une fois le dénouement connu, l’enfant se plaît à revenir en arrière pour voir quels indices auraient pu l’aiguiller plus tôt ou à raconter (ou lire) à d’autres enfants de sa famille ou de sa classe cette enquête policière, tout fier d’être dans le secret.

A ce jour, six titres (tous des clins d’œil s’il était besoin de le préciser) sont à découvrir : « Le cercle des mouettes disparues », « Pour quelques noisettes de plus », « Un œuf disparait », « Objectif plumes », « La crème était presque parfaite » et « Dix petites chèvres ».

 

(Les Enquêtes de John Doeuf. Tristan PICHARD (auteur) et Christophe BONCENS (illustrateur).

Editions LOCUS-SOLUS : 2013 pour le tome 1)