Ateliers d’écriture

24/01/19

Souhaitons-nous de réussir à nous voir tous ensemble davantage en 2019. Tant pis! A deux, c’est bien aussi (presque trois puisque c’est Martha qui a tiré au sort le thème du jour avant de devoir filer!)…

 

Demain, dès demain.

Demain, c’est sûr, c’est certain.

Des deux mains, je te choisis.

Il sera encore temps, demain. Il ne sera pas là.

Il ne sera pas trop tard. Il n’en saura rien.

Demain, c’est promis.

Demain, un autre jour.

Des deux mains, je serai pour.

Aujourd’hui est pour lui.

MARTHA

 

 

Un peu d’espoir peut-être, qui sait ?

Demain sera autre, forcément. Comment pourrais-je imaginer que les choses restent figées, immuables ?

Tout est en perpétuel mouvement, inlassablement, tout bouge, sans cesse.

Comme un cœur qui bat.

C’est cela.

-la vie-

Le bruit du cœur qui bat ; qu’il soit régulier comme chaque minute qui passe ou qu’il batte la chamade de trop d’amour ou de trop de peur ; qu’il déraille complètement ou qu’on l’entende à peine.

Mon demain sera peut-être ce cœur-là. Ce cœur qui bat quand les mots qui ne peuvent être dits sont là quand-même… Avec un regard. Ce regard.

Mon demain sera douloureux, aussi. Bien sûr. La douleur de ne pas se faire entendre, la douleur de ne pas être soi, de faire semblant, la douleur de ne pas le sentir.

Mon demain sera la vie.

PIEDRAPEQUEÑA

 

 

Quand on laisse le temps s’échapper, glisser entre les doigts de notre présent, on ne peut s’empêcher d’imaginer notre demain.

Demain c’est le jour suivant, le jour prochain : je m’y vois me lever tôt, aller sous l’eau chaude et laisser l’eau salée glisser sur mes joues. Lavée.

Je m’y vois prendre le bus, les oreilles enfoncées dans mon casque d’écoute, le livre audio me transportant vers une autre vie.

Je m’y vois m’asseoir dans le train, retrouver cette collègue devenue mon amie. Des rires, des conciliabules, son maquillage assuré sous les leds sans pitié du wagon.

Je m’y vois prendre la voiture avec elle pour aller au collège.

Mais je n’y vois pas le collège. C’est le travail. C’est autre chose. Un autre moi, une autre vie.

Je m’y vois rentrer dans mon appartement. Voir une amie de Paris qui a offert un week-end à Rennes à sa mère pour son anniversaire. Elle a réservé un air BNB dans ma tour. Encore une que Rennes aura conquise. Je ne sais pas encore ce que nous ferons mais j’y pense avec un sourire aux lèvres.

Demain, c’est aussi plus loin. Le futur, l’avenir, le devenir. Pour l’instant, demain est flou et incertain. C’est un tourbillon de doutes et de peurs. Et quand je pense à demain, parfois, l’angoisse me noue le ventre.

Et puis, aussi, quand je pense à demain, il m’arrive de sourire. Quand le soleil caresse mon visage et que je quitte mes idées noires, j’imagine une chaleur m’inonder la poitrine. J’imagine des volutes de lumière et de chaleur, de rouges, de jaunes, d’ambres et d’ocres. Et puis, au milieu de tout cela, parfois j’imagine des yeux. Un visage. Une tête, un corps. J’imagine un bonheur que je n’ose imaginer.

MAU

 


14/12/18

Force est de constater qu’après un déménagement tout récent, il peut n’être pas aisé de retrouver ce que l’on cherche au moment où il le faudrait! Mais qu’importe si nous n’avons pas le livre « magique »; nous avons notre imagination : Un roman au hasard (facile, nous sommes dans un café-librairie), une page au hasard, un mot -ou groupe de mots- au hasard et c’est parti!

L’île des pluies de Marc Gontard.

P.82.

« Nous sommes partis ».

10mn.

Le train était annoncé avec quinze minutes de retard. J’entendais ma sœur soupirer déjà, lasse de ce voyage.

Un périple, une épopée.

Combien de kilomètres encore, combien d’heures à trébucher, courir, souffler… Sauter au dernier moment dans un bus, une voiture, un train déjà en marche. Ce pays n’en finissait plus. Où se trouvait sa fin, son Nord, son Sud ? Où les murs de ses frontières s’érigeaient-ils ? À quel moment l’horizon prenait-il congé ?

Nous avons fui, nous sommes partis, pour revenir.

Essayer encore de revenir.

MARTHA

 

C’est le silence qui me réveille.

Un silence assourdissant qui résonne encore des cris d’hier.

Les yeux, encore lourds de sommeil, enflés par le chagrin, se plissent dans la lumière d’une aube cruelle.

Je m’inquiète du silence.

L’air devrait vibrer des rires de ces personnes qui me sont chères.

À la place, collé à la porte, un post-it jaunâtre.

Et trois mots,

Trois mots terribles.

Trois mots qui provoquent les larmes.

« Nous sommes partis. »

MAU

 

 

Petit matin de rien,

Main dans la main.

Le vent glacé dans les yeux,

Qui ébouriffe les cheveux.

Une fine feuille carmin

Effleure notre chagrin.

Nous sommes partis.

PIEDRAPEQUEÑA

 

 

Nous sommes partis

Sans inspiration

La tête vide

Et le visage gris

Le froid au cœur

Et la peur au ventre.

Sans inspiration

Nous avons marché

Nos pieds collés

Au sol gelé

Laissant des lambeaux

De peau, de nous, de nos rêves

Piétinant l’espoir et la chaleur

Dans cet entre-deux

Ce purgatoire

Nous avons tourné le dos

Au mouroir, au désespoir

Franchissant le seuil

Avec nos bras en étendard

Pour un dernier envol

Nous. Sommes. Partis.

COCAMINATH


16/11/18

MAU étant présent cette fois, c’est Mademoiselle A -la fille n°2 de PIEDRAPEQUEÑA- que nous pouvons remercier puisque c’est elle qui a choisi le thème de ce troisième atelier d’écriture. Nous avons même eu la contribution de COCAMINATH à distance, malgré le fait qu’elle ne puisse être là au moment T. Autre bar de Rennes, autre ambiance… Plus chaleureuse peut-être et plus « studieuse » pour les trois participants! Je vous laisse découvrir le résultat.

Quand je serai grand, je toucherai le ciel

J’aurai des nuages plein les yeux

Quand je serai grand, je sifflerai au vent

Pour répandre mes mélodies

Quand je serai grand, parfois je serai triste

Et mes larmes abreuveront les champs.

Quand je serai grand, je rirai aussi parfois

Un coup de tonnerre dans le lointain.

Quand je serai grand, je sauterai sur place

Pour faire frémir les gens trop sérieux.

Quand je serai grand, j’agiterai les bras

Pour dissiper le brouillard des jours noirs.

Quand je serai grand, j’aurai les cheveux longs

Tel un saule, pour couvrir les amoureux.

Quand je serai grand, je sourirai souvent

Pour montrer aux gens que je suis toujours gentil.

Et quand je serai grand, je serai toujours le même

Pour garder autour les gens que j’aime.

MAU

Quand je serai grande…

J’ose espérer que tu te rappelleras de moi.

Que je me souviendrai de toi.

Dans ce fauteuil, aux immenses accoudoirs, à la couleur indéfinissable.

De cette ombre qui passait, parfois, dans ton regard.

De tes doigts tricotant le vide.

De ce parfum, confiture de cassis et thé au lait, des mercredis.

Quand je serai grande, j’espère me retrouver gamine au creux de tes bras, toi qui n’es plus vraiment là, toi qui es déjà grande, toi qui m’oublieras.

MARTHA

Il n’avait pas plu ce matin-là, pourtant. Pas de pluie, pas de neige, pas de brouillard. J’y croyais. Tellement fort.

Je m’en souviens parfaitement ; l’instant où j’avais ouvert les volets délicatement pour ne pas faire de bruit –oui, ils avaient tendance à grincer au moindre mouvement. La minute précédente, trouver ses vêtements dans le noir. Tant pis, je remettrai la culotte de la veille. Il serait bien temps d’en changer plus tard. Il m’avait fallu, ensuite, enjamber tant bien que mal le tas de bordel de la frangine. Me glisser hors de la chambre… Et puis, à tâtons, traverser la cuisine, la salle-à-manger, rejoindre la cachette à bigaille.

Merde ! J’y étais. Je les avais les dix francs. Ils étaient dans ma main, j’étais prête. Plus qu’à trouver la porte d’entrée et filer. L’aube semblait si belle ce matin-là.

Sentir la poignée et, en même temps, la main de papa sur mon épaule. C’était foutu. Comme d’habitude.

Toujours pas assez grande pour aller acheter les croissants du dimanche matin toute seule.

PIEDRAPEQUEÑA

Quand je serai grande

les étoiles filantes viendront se poser dans ma main

je serai la lune ni morne, ni triste,

je nourrirai la terre et le ciel sans partage

je garderai l’indicible au creux de mon ventre

mon souffle caressera le vent

et brûlera les cendres

et j’aimerai sans feu ni cris

de loin et de près

les hommes enchaînés

à cette terre malade

sans fermer les yeux

j’attendrai.

COCAMINATH


5/10/18

Le rendez-vous à Rennes est donné… Quelques désistements de dernière minute pour cause de chutes et autres bosses (mais rien de grave!)… Quelques verres de vin et nous voilà à l’instant de l’écriture, sans doute moins motivés que pour le premier atelier mais bien présents, avec l’envie de laisser une trace, malgré tout.

Merci à MAU qui a choisi pour nous le thème de ce deuxième atelier, ne pouvant être présent.

ELEVATION II

C’est la lutte des vieilles branches

Cahin-Caha vers le Graal

Es-tu là-haut

Ô l’idéal ?

OLIVIÉE GUILBONG

Si j’étais un arbre, une branche devrais-je dire, celle qui protège du soleil brûlant de l’été quand elle est vêtue de ses plus beaux atours, celle qui n’a pas peur de braver la tempête, d’affronter le vent, la pluie, quelle que soit la saison, celle qui –malgré elle- courbe parfois l’échine jusqu’à presque toucher le sol, terre de tous les possibles… Mais qui finit toujours par retrouver l’immensité du ciel… Je serais toi.

PIEDRAPEQUEÑA

Si j’étais un arbre dans la cour de l’école

la plume au vent, j’irais au soleil sentir le bitume

et sur mes doigts maculés,comme un bateau ivre

je brûlerais les feuilles le fou rire au ventre,

les couloirs dévalés sous un ciel d’encre

et je cracherais

mon verbe irrégulier

mes imprécations matheuses

mes perles byzantines

la mosaïque de la terre, l’eau, le feu

et le souffle de l’air

qui s’engouffre dans mon cahier

d’une soirée antique.

COCAMINATH

Si j’étais un arbre, je ne suis pas, j’étais, pourtant je reste. J’affronte. Je résiste. Face à un monde qui naît, qui vit, qui ment face à moi, sans moi ?

Tout a changé. Nous étions une multitude, plus que quelques-uns, me voici seul.

Quelques agités se sont accrochés à moi, en criant « vive les miens », puis ils m’ont abandonné.

Maintenant, il se gare en 4X4 à mes pieds. Il y a quelques jours, des enfants ont planté des miens.

Depuis, l’eau tombe par mes branches, le vent souffle et dépose mes graines et le feu du soleil brûle mes branches.

La terre me nourrit.

Je revis pour un temps ?

En attendant, je revis.

L’HOMME EN NOIR

Si j’étais un arbre, je sentirais le vent sur mes branches. Il me mettrait à nu. L’eau purifierait mon tronc de toute cette pollution urbaine quotidienne. J’envie mes congénères dans les forêts qui respirent un air pur et sentent dans leurs racines les bienfaits de la terre vierge. Mais en réfléchissant bien, je suis aussi bien ici qu’en Californie où le feu décime mes cousins américains.

LA DAME EN ROSE


22/09/18

Les affaires reprennent! Après plus d’un an de silence-radio, nous voilà à nouveau dans les starting-blocks. Ne soyons pas trop présomptueux, tout de même. Le rendez-vous fixé devient mensuel. Et sans doute jamais exactement au même endroit. Une chose est sûre, le plaisir s’est fait grand de nous retrouver autour des mots et de faire découvrir ce court instant de plaisir à de nouveaux compères. Premier thème de ce tout nouvel atelier choisi par une des filles de Piedra Pequeña, pour laisser le mystère entier à chaque participant.

Ecrire un texte de votre choix sur cette photo, en utilisant une fois le mot écrit (10mn)

Quand le sable bleu se mêle à la poussière des nuages

et que le gris ardoise se fracasse sur les vagues

Quand les mots fouettent les embruns

et qu’enfin le sel fond sur la langue

C’est l’instant blanc des immobilités intérieures,

la brûlure des ancrages qui aveugle le ciel,

c’est profondément,

intensément,

les VACANCES.

COCAMINATH

Styx
Sur une rive, un éclat blafard,
Lueur vacillante au cœur chaleureux.
Sur l’autre rive, une âme s’égare,
Douleur lancinante au goût sirupeux.
Avec entrain,
En vacances, un matin,
Un pont de lumière.
Et sans renfort,
Sans souffrir des efforts,
Redeviens poussière.

MAU

Il savait qu’il partait le lendemain. C’était la seule issue possible à ces mois d’enfermement. Ces longues, douloureuses semaines auprès d’elle.

Il savait que c’était son salut, sa seule échappatoire.

Il ne lui dirait rien. Il n’enclencherait pas le réveil, il tâtonnerait dans le noir à la recherche de son trousseau de clés et il partirait. 347 kms. C’était la distance qui le séparait de la côte.

Une location en bord de mer, un coin sauvage du Morbihan.

Un souffle, une respiration. Mieux que des vacances, une vie nouvelle.

Il attendait. Elle respirait, encore.

MARTHA

Y’a rien à dire, rien à faire. C’est comme ça. C’est ici et nulle part ailleurs. Rien à dire, rien à faire. Ici. Toujours. Jusqu’à ma mort.

Rien à faire. C’est dans les tripes.

Laisser mon corps se nettoyer chaque matin.

Laisser le firmament me parler indéfiniment.

Laisser ma bulle se créer, une nouvelle fois. À chaque fois. Nulle part ailleurs. C’est ici. Ma vie. Ma belle vie. Y’a rien à dire.

Y revenir. Toujours. L’herbe peut bien être plus verte ailleurs, ce sera toujours là.

Exactement là qu’à chaque fois, qu’à chaque période de vacances, je me sentirai exister pleinement.

Je suis vivante.

PIEDRA PEQUEÑA

Liberté, balade, nature, vent, sable, ressac, loin, loin de ces bruits urbains pesants, une envie de vacances commence à se dessiner, assis dans notre canapé, un soir de mai.

Belle-Île, Ré, Batz, Noirmoutier. Que choisir…

Un souvenir d’enfance fait le choix pour nous. Ce sera Noirmourtier.

LA DAME EN ROSE


28/06/16

Nous pensons à ce jeune serveur qui était bien curieux de savoir ce que nous faisions… Et qui a fini par nous expliquer qu’il s’était mis à la lecture depuis peu, qu’il aimerait bien écrire sur ses ancêtres, qu’il n’a pas connu, mais qu’il n’osait pas. Le seul conseil que nous pouvions lui donner est : Lance-toi !

Nous pensons aussi à nos acolytes qui n’ont pu être avec nous pour ce dernier atelier d’écriture de la saison… Une nouvelle recrue est là, le lieu est différent (mais nous restons en terrasse!), la boîte a oublié de quitter son nid douillet et nous ne sommes pas très motivées mais après deux heures de rires –voire de délires- et de discussions,  nous nous lançons même si le ciel est de nouveau menaçant. Qu’importe, notre pro des thèmes s’empare du contexte pour nous en trouver un en deux temps trois mouvements!

Avant la pluie (15mn)

 

« Liste des choses à faire :

  • tondre la pelouse
  • étendre le linge
  • passer l’aspirateur dans la voiture
  • enlever les ronces
  • faire un tennis
  • élaguer le platane qui commence à gêner la fermeture des volets
  • tant qu’on y est, poncer les volets
  • les repeindre
  • sortir le mobilier de jardin

Regard vers la fenêtre. Nuages noirs. Premières gouttes.

Donc, choses à faire, demain :

  • tondre la pelouse
  • étendre le linge
  • … »

WILDWILDWEST

 

« Je suis en retard, encore une fois… Je m’étais pourtant promis d’arriver avant la pluie.

Il est là, il m’attend. Je sens une envie puissante de lui sauter dans les bras, mais je me retiens. Restons digne. Il est là, ruisselant, trempé jusqu’aux os. Mais son sourire. Son sourire illumine jusqu’au ciel de plomb, au trottoir gris, aux rumeurs de la ville et au goudron.

Son sourire m’éblouit, et le chemin qui mène à lui est comme un fil lumineux sur lequel je m’élance, danse.

Son sourire est mon avenir, après la pluie… »

NOLWENN

 

 

« S’il partait à ce moment précis, il pouvait avoir le bus de 13h48.

13h02, 13h31, 13h48.

Depuis trois ans, chaque jour de sa vie était réglé sur les horaires de bus. Et chaque jour, sans exception, il allait la voir. Chambre 322, service Orchidée, il lui apportait des roses jaunes. Par provocation, par indignation, par défi.

Il entendait les secondes de l’horloge s’égrener par-delà le brouhaha de ses pensées. Il contempla son reflet, longtemps. Une dernière pensée le traversa, avant de voir la pluie se mettre à tomber, derrière la vitre.

Ce jour-là, le bus de 13h48 partit sans lui. »

MARTHA

 

 

« C’est la nuit. Une de ces nuits qui lui fait dire que là, bientôt, quelque chose de neuf va arriver. Il n’a pas peur, ne réfléchit pas trop. Sans faire de bruit –il ne veut pas réveiller sa douce qui dort du sommeil du juste- il sort du lit, choisit de ne pas prendre son vieux T-shirt, celui qui est toujours à droite du matelas. Il ne le prend pas parce qu’il veut vivre cet instant tel qu’il est lui, là, maintenant, dans sa nudité la plus pure. Descend les escaliers, essaie de ne pas faire grincer le parquet, celui qu’il avait tant aimé le jour où ils avaient visité la maison. Il traverse la cuisine, se cogne dans le coin de la table –comme toujours. Entre dans le salon et il se décide enfin : d’une seule main, il ouvre la grande baie vitrée et se pose là, sur la terrasse. Et il attend. Il aime cela, attendre. Il sait, il sent. L’odeur du dehors se fait autre. Le vent se lève. Il est bien. Il aime cela, l’attente du renouveau. Les quelques minutes juste avant la pluie.»

PIEDRA PEQUEÑA

« Les nuages se disputent, blancs, noirs, au coude à coude, le vent hésite. J’enlève mon foulard, je remets mon foulard. J’ai chaud, j’ai froid. Ma tête se dilate, mes pensées s’affolent. Vite, écrire quelque chose. Moment lourd, empêtré, paralysé.

Soudain, les mots dégoulinent, glissent, perlent sur la feuille.

Je suis rincée. Avant la pluie. »

NINONNINOUI

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21/06/16

La patience est une vertu, paraît-il ! Je ne sais pas si dans la clique nous avons tous cette « qualité » mais il nous aura fallu du temps avant de pouvoir nous réunir à nouveau un mardi soir, à la terrasse de notre p’tit café et ce, malgré la pluie et le gris des nuages. Étrange, d’ailleurs, la coïncidence que l’on peut voir entre l’idée du temps long et le thème du jour, qui est…

Inventaire : Choses qui doivent être courtes (15mn)

atelier d'écriture 21_06

« Ai-je à peine tremblé

Je le crois

Face au verdict

Le juge s’était levé

Bien droit.

Sont désormais limités

Dans l’espace et dans

Le temps

Définitivement

Pendant vingt ans et sans

Sursis

La mauvaise blague qui nous

Venge

Les chaises à

Porteurs.

Le temps passé à trop penser

Le compliment facile

L’écharpe qui cache

Tes cils

Ainsi que peut-être

Le meilleur

De nous-même. »

MEIDOSEM

 

 

« Court, le chemin qui mène aux étoiles, lorsque l’on sait fermer les yeux.

Courte, la distance entre ta peau et la mienne, sous le regard du ciel.

Court, le souffle de celui qui espère à perdre haleine.

Courte, la peine.

Et longue, si longue l’attente, la douloureuse attente, l’attente insatiable et illimitée.»

NOLWENN

 

 

 

« Choses qui doivent être courtes. Courtes. Mais courtes comment ? Courtes comme une cigarette que l’on fume en quatre minutes et pas en sept ? Courtes comme une jupe courte qui serait plus jolie qu’une jupe longue ? Comme un court instant parfait plutôt qu’un long moment de douleurs ? Un court discours pertinent et non de longues envolées lyriques qui n’en finissent pas ?

Je ne sais pas faire court. La vie me porte, m’entraîne, me fait virevolter, me fait couler, m’enferme. Et il m’est impossible de décider : Pourquoi courtes ? Les choses sont. Se font ou ne se font pas. Rapidement ou pas. Les choses sont.»

PIEDRA PEQUEÑA

 

 

« Choses qui doivent être courtes :
le temps des nuages, filaments laiteux
le ciel sombre et pierreux
la peine qui déchire
le rire hystérique qui éclate en sanglots
le vent qui vous cisaille et qui vous met en lambeaux
un petit peu, pas trop
sinon ça enfle, ça déborde
un peu. »

COCAMINATH

 

 

 

« Les dimanches, les repas de famille, les engueulades sur le score de l’Euro… tout ceci prend un temps infini. Je souhaiterais que cela aille vite.

Une minute, une seconde.

Que ce ne soit qu’un instant, que cela soit bref.

Un sparadrap arraché.

Vite, très vite.

Le oui du mariage.

Le non de la dispute.

Le claquement de la porte.

Un regard.

Ce dimanche s’étend, s’allonge, se répand.

Ma mère, au salon, en fait autant. Je n’entends plus que le son de sa voix. Une logorrhée sans début, sans fin.

Ce dimanche semble interminable. Il m’épuise. Elle me crève.

Le temps de réaction sera court.

Le geste sera précis, rapide.

Je lève une main.

La gifle. »

MARTHA

 

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24/05/16

La journée a été longue, la boîte oubliée –heureusement que Nolwenn avait son cahier secret !- et le manque d’inspiration était de la partie pour certains ; Martha a même déclaré forfait malgré une jolie première (et unique !) phrase : « J’en suis là. ». Mais son rôle était tout trouvé : Elle a joué le maître du temps pour nous. Atelier un peu frustrant le temps de l’écriture mais ces petits moments font du bien ; on se retrouve, on boit un coup, on discute, on rit et on a pu faire découvrir notre rendez-vous hebdomadaire à un nouveau participant : Chien-Fer. Le thème du jour est…

Clé(s)… (10mn)

« Une fois de plus, la clef était dans les champs. Egarée, tombée, dissolue. Oh, dira l’adjudant : Tu as ENCORE perdu tes clefs. Une fois encore, ma prière au grand clefptomane. Je rêve que la vie soit un grand saloon. »

MEIDOSEM

 

« Prendre la clé des champs. La tenir bien serrée et caresser l’idée que tout est possible.

Se dire que, peut-être, partir est la solution.

Sentir quelque chose s’ouvrir au creux de soi et accepter l’abandon.

Se délester de tous les trousseaux et oser l’horizon nu, la route infinie… »

NOLWENN

 

« J’ai perdu la clé

De ton tiroir

Il s’est enfermé

Sur tes idées noires.

Je n’ai pas de clé

Juste un blanc mouchoir

Sur tes yeux mouillés.

Il est un peu tard

Le tiroir de ton

Envie a glissé

Dans le double-fond

Où j’ai mis les clés. »

CHIEN-FER

 

« Clé ? Peut-être le sujet de l’instant. Finalement, sans le savoir, on en parle tous les jours… Les clés qu’on a perdues… Ou simplement égarées. Et puis celles que l’on retrouve, bien-sûr. Une note de la clef de sol qu’on aimerait réussir à chanter « comme il faut ». Il y a aussi –et surtout ?- la clé qui nous permettrait d’ouvrir cette porte mystérieuse de l’inconnu, du renouveau. Sujet quotidien autour de cette table, non ?

CLÉ. Il est joli ce mot. »

PIEDRA PEQUEÑA

 

« Idées de champ lexical en période d’appréciations :

-Travail bâclé !

-Eclércis ton propos !

-Clétin !

Qui veut la clé de mon champ ? »

NINON-NIOUI

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18/05/16

TGV Paris-Rennes. Quelle heure est-il ? Autour de 18h… Nous sommes deux et bien décidées à faire notre atelier d’écriture, malgré l’épuisement des deux derniers jours, malgré l’état second, malgré la boîte qui n’est pas là ! Le thème du jour est…

Moleskine (15mn)

« Mon

   Objet

             Libérateur,

               Etourdissant,

           Savoureux.

              Kaléidoscope

   Intime,

           Névrotique,

         Evaporé. »

PIEDRA PEQUEÑA

(Petite dédicace à S., qui me l’a offert il y a près de 3 ans et qui ne me quitte pas depuis)

« Le paysage me fuit et mes oreilles sifflent. A mes pieds, un trésor sommeille, je l’ai ouvert, reniflé, senti sous toutes ses coutures, la tendre rugosité de sa matière m’appelle, sa blancheur comme neuve, vide de tout, pleine de possibles me happe.

C’est à chaque fois un renouveau, une nouvelle naissance. Je recommence à zéro. C’est l’avant, ce moment le plus précieux quand rien n’a encore de forme, quand rien n’est figé et que tout est à créer, à devenir.

Le paysage défile toujours et la terre sous mes pieds file à toute allure. Mes pensées décousues interrogent le ciel gris. Combien de temps avant de décider, avant de façonner les lettres qui imprimeront son essence, ma nouvelle vie, mon nouveau moi ?

Combien de temps avant le regret, le chaos désabusé de cette matière qui refuse l’ordre, qui me renvoie à l’éternelle insatisfaction de ne pouvoir tenir, de toujours céder au brouillon, au désordre, à l’inaccompli ? Mais toujours je m’arrête, je convoite, je désire la promesse de ce qui n’est pas.

J’ai encore acheté un Moleskine. »

COCAMINATH

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10/05/16

La boîte était bien là aujourd’hui… Et pour bien rentrer dans le bain, c’est La P’tite Fourmi qui a tiré un petit papier au hasard ! Le thème du jour est…

Inventaire : Choses qui font battre le cœur; Stupeur, honte, joie… (15mn)

atelier d'écriture4

« 08H51.

J’ai tout? Pas certaine. Je vérifie. J’ai tout.

08H52.

J’ai vérifié si j’avais tout? Pas certaine. Je jette un coup d’œil, un dernier. Carte d’identité, convocation, bouteille d’eau. J’ai soif.

08H55.

J’ai très soif. Mais si je bois maintenant, je vais devoir aller aux toilettes. J’ai le temps d’aller aux toilettes?

08H56.

Combien de battements de cœur dans une minute? Cent mille? Un million? Je n’ai plus le temps d’aller aux toilettes.

08H58.

Si je m’évanouis, là, maintenant? Est-ce qu’un cœur peut s’effondrer dans un abîme d’angoisse? J’ai les mains moites, les jambes tremblantes. Je ne peux plus partir en courant. Je n’ai plus de ventre.

08H59.

« Candidat n°8317… »           Mon cœur s’arrête. »

MARTHA

 

« Il aimait cela, entendre dans sa tête le cœur qui bat. Il la provoquait même, parfois, cette sensation : Sensation des tempes qui gonflent, du temps qui s’accélère, sensation de n’être que soi à exister. Jouer à se faire peur, s’inventer des aventures extraordinaires, créer de toutes pièces des discussions intenses avec un être cher. Faire pleurer ses yeux. Ou faire rire sa bouche. Aussi. Choisir la chanson qui fera retrouver son odeur, sa voix, son regard. Choisir l’instant. Faire battre son cœur, sentir son cœur qui bat. »

PIEDRA PEQUEÑA

 

« Les autres, toute une histoire, les plus grandes émotions pour moi. Les naissances, malheurs ou morts ne sont pas tout. J’esquive la douleur quelque qu’elle soit par peur de l’affronter. Les petits gestes, petits mots, petites choses m’émeuvent. Des signes de connivence ou de sincérité. Honte souvent, de ce que je fais sans pouvoir m’en empêcher mais j’efface, seul moyen encore pour avancer. Peur des autres, des attentes surtout et du rejet trop douloureux. »

LA P’TITE FOURMI

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03/05/16

Les règles sont parfois faites pour être changées ! Ayant oublié la petite boîte magique, nous avons décidé de regarder autour de nous pour choisir le thème du jour. Nous nous sommes arrêtées sur…

Changement de propriétaire (15mn)

« Il n’y avait aucune raison, non vraiment aucune pour que cela arrive. Mais pour qui se prenait-il, lui aussi ? De quel droit ? L’avais-je autorisé une seule fois à agir ainsi ? Il m’avait pourtant juré que cela n’arriverait pas, avait toujours tenu bon lors de nos longues soirées –alcoolisées ou pas d’ailleurs !-, lors de nos escapades improvisées. Et voilà. Il avait fallu que cela se produise. Et aujourd’hui, en plus. Aujourd’hui ! C’en est trop. C’est fini. Terminé. Hors de question que quelqu’un se permette de me piquer mon briquet. MON briquet. »

PIEDRA PEQUEÑA

 

« Aujourd’hui, braderie.

Tout doit disparaître, états d’âme compris.

La tristesse, au placard. Tous ces sentiments périmés aussi.

Je vends tout, et pars pour une nouvelle vie.

Allégée de l’ennui accumulé au fil des journées sans soleil. Des « pourquoi ». Des « pourquoi pas ». Des « ce n’est pas pour moi ».

Je me déleste. Aidez-moi. Prenez tout. Les regrets, les amours enfuies, les rancunes moisies. Les espoirs déçus, les jalousies tenaces, les miroirs brisés, les « toujours » et les « jamais ».

Prenez-tout, et laissez-moi rêver. »

NOLWENN

 

« Ce matin, le vent m’a bousculée et je n’étais pas là. Mon corps a changé de propriétaire; Je l’ai vu partir un peu voûté, son ombre m’a souri et moi j’avais envie de pleurer. J’ai erré dans le jardin. L’herbe ne m’a pas caressé les pieds. Les chats, indifférents, m’ont traversée, je n’étais pas là. Mon corps en partance m’a laissée. Je suis seule, vide, sans substance. Alors le soir, dans un arbre je me suis enracinée. »

COCAMINATH

 

« R. arriva avec cinq minutes de retard. Comme à son habitude. Depuis vingt-cinq ans. Il s’excusa d’un sourire, ce sourire faussement sincère que je lui connaissais bien.
 » Tu vas faire quoi?, lui demandai-je.
R. haussa une épaule:
– Comme toi! Je tourne une page! »
Nous étions voisins depuis vingt-cinq ans et aujourd’hui je rachetai le commerce de ses parents. Un truc un peu miteux, sans âge, sans charme et sans réelle finalité. « Le truc au coin de la rue » dirions-nous souvent, sans pouvoir réellement le nommer.
Les parents de R. avaient disparu l’été dernier, à un mois d’intervalle et leur commerce, déjà bringuebalant, tombait peu à peu en ruines. R. ayant quitté la région, j’étais la seule à voir ce truc s’écrouler. À fendre l’âme. La mienne en l’occurrence.
Je pris les clés de R. Je les lui arrachai. Je les fourrai dans une poche. »

MARTHA

 

« La fenêtre était ouverte. Ma silhouette longiligne (1, 89m pour 57 kg) me permit de rentrer.

J’observai autour de moi l’inconnu: de longues armoires grises, remplies de vieux journaux, qui s’étiraient jusqu’au plafond.

Un soliflore, posé sur une console, exhibant un trèfle à quatre feuilles, accompagné de deux coquelicots et d’un narcisse (je déteste les narcisses). J’y posai à côté le mien, un énorme bouquet de pâquerettes champêtres, de celles qui embaument la joie de vivre.

Une odeur de café tiédi émanait de la cuisine. A vrai dire, il n’évoquait rien qu’une matinée sans fin. A dire vrai, il me rappelait le café offert à la factrice, « au matin », par ma grand-mère. Brutalement, surgirent de derrière le canapé une voix gutturale et un visage hirsute:

– Sortez de ce corps!

Je m’éclipsai aussi tranquillement que j’étais rentrée. Le bouquet de pâquerettes en moins. »

MEIDOSEM

 

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26/04/16

Les règles sont très simples : Une jolie petite boîte à idées, un bar, quelques copines. Une d’entre nous pioche un papier de la boîte, lit l’intitulé et nous avons 15mn (maximum) pour écrire. Dernière étape : Lectures à voix haute.

Après un premier atelier concluant le 19/04/16 (« Inventaire : Choses difficiles à dire »), nous avons décidé de renouveler l’expérience et de vous faire partager nos écrits. Si ça vous dit, vous pouvez bien sûr tenter l’expérience et nous faire part de vos trouvailles. Vous êtes prêts ?

Autoportrait (15mn)

« Il me semble la reconnaître, la connaître de loin.

De près, un éclat dans les yeux, un reflet dans le verre des lunettes.

Esquisse d’un sourire.

J’imagine que je dois la connaître, l’avoir déjà vue.

Un éclat de rire.

Il me semble la regarder de près, ne pas la savoir si loin.

Celle que je voudrais être.

Celle que je suis.

Un bruit retentit, brise l’instant.

Je me suis rêvée autre. »

MARTHA

« Je ne suis pas cette grande fille aux jambes longues qui envisage la vie comme un voyage sans escale.

Je ne suis pas cette petite fille qui cache ses larmes derrière ses cheveux en bataille et sa colère derrière son acharnement à apprendre.

Je ne suis pas cet éclat de rire désinvolte.

Je ne suis pas cet affaissement du corps quand le désespoir gagne.

Je ne suis pas la joie de la lumière qui inonde la peau.

Je ne suis pas la morsure des idées noires.

Je ne suis pas l’exaltation puissante qui saisit l’âme face à l’âme.

Je ne suis pas… »

NOLWENN

« Petite boule d’énergie, aux yeux toujours grands ouverts et au sourire qui dit le temps à venir et le désir d’être là avec ces trois lettres au fond du ventre : E – V – A.

Ça, c’est le moi d’avant, le moi de l’enfance. Puis-je dire que c’est le moi de maintenant ? Pas si sûr. Le temps a passé, a laissé des éraflures sur la peau, parfois des bleus. Les souvenirs peuvent laisser un goût amer dans le cœur.

Pourtant, je veux croire que je suis encore cette petite fille d’il y a longtemps, le temps où l’on se dit que tout est encore possible. »

PIEDRA PEQUEÑA