Otages intimes – Jeanne Benameur

 

L’histoire pourrait paraître simple : un photographe de renom, Etienne, libéré par ses bourreaux, revient sur le sol français après avoir longuement été retenu en otage dans des conditions infra-humaines. Traumatisé par ce qu’il vient de vivre, il s’installe dans le réconfort de son village natal, dans la demeure de sa vieille mère, rompt avec sa petite amie Emma, retrouve ses deux amis d’enfance, le taiseux Enzo et la fabuleuse Jofranka, cette gamine recueillie devenue femme influente. Mais ce que nous lisons nous apparaît rapidement comme autrement plus complexe. Bien plus que le ou les récits de ces différents êtres de papier dont respectivement pourtant la vie seule aurait pu mériter un roman, nous nous frottons dans cette lecture à ce que nous pourrions qualifier de variation à l’infini sur le thème de l’aliénation intime, sur celui des geôles intérieures qui, à des degrés divers, nous tiennent tous en laisse et en otage. Comme la lumière, l’écriture qui se déploie dans le roman subit un étrange phénomène de diffraction : les implications de ce qui nous est dit deviennent diffuses, difficiles à cerner et à enfermer dans un discours et dans une problématique uniques. Nous le comprenons peu à peu : ce qui occupe l’axe narratif n’est pas tant qu’Etienne soit libéré, mais bien plus qu’il « se » libère, qu’au terme d’un travail intime, profond et sans concession – travail dont se nourrit toute la substance de ce texte-, il devienne véritablement l’être libre qu’il n’a au fond jamais pu être. Sa libération physique compte, mais elle compte surtout comme le point de départ d’une trajectoire intérieure, et c’est éblouis que nous assistons, page après page, à la méticuleuse mise en pièces de toutes les chaînes invisibles qui lient à la fois les membres et, surtout, le cœur.

Et pourtant, cette primauté accordée à l’intime, dont le titre se fait lui-même l’écho, ne relaie pas, loin de là, la dimension réelle et factuelle à un pur rôle de prétexte. A aucun moment le texte n’évacue sa donnée première, à savoir la douleur de voir et de se confronter, impuissant, à la misère d’un monde à feu et à sang. Mais même dans ce domaine, même quand le récit s’attelle à nous donner à voir l’horreur des cruautés et injustices subies par des innocents de part et d’autre de la planète, dans ces moments mêmes où l’objectif retrouve l’intégralité de ses droits, le traitement est intimiste. Si le visage de l’humanité qu’a tant côtoyé et photographié Etienne est balafré et souillé d’immondices, l’écriture qui le désigne, agissant comme un baume, ne cesse de distiller une forme d’étrange douceur apaisante. Car si les faits sont bel et bien là, percutants et monstrueux, ils sont sans cesse comme pris par la main par les mots qui les portent, et ramenés sur le terrain sensoriel de la perception. La cruauté n’existe dans ce roman qu’en tant que cruauté ressentie, l’injustice que par les sentiments qu’elle implique et engendre.

L’écriture est murmurée, et comme susurrée. Dans ces mots calmes qui semblent se balancer, dans cette syntaxe dont la cadence se fait berceuse, il y a indéniablement quelque chose qui tient de la prière, de la litanie. Dans un paradoxe qui a le don d’annuler tous les contraires, la langue de la violence est étonnamment celle, langoureuse, enveloppante voire caressante, de la paix. Par un subtil jeu d’intimisation d’un réel objectif lourd de larmes et de sang, Jeanne Benameur parvient à inverser complètement la donne : ce ne sont pas des poings levés qui s’extirpent de ces pages, mais des bras qui, dans une forme inédite de suave douleur, de douce tristesse, nous enserrent et nous étreignent. Les faits sont alors comme estompés, embrumés, telle la blessure du souvenir lancinant qui reste logé dans l’esprit d’Etienne, l’image indélébile entraperçue juste avant sa détention d’une famille fuyant on ne sait quoi, dans un mélange de détresse et d’espoir propre à ceux qui sont acculés par un monde qui oppresse et malmène.

Mais au fil des pages, l’évocation de la misère lointaine se fait moindre, et le discours se focalise progressivement sur ces cinq personnages qui se retrouvent, bien loin de toutes ces déchirures. Le récit nous mène rapidement sur le terrain des retrouvailles d’Etienne avec son quotidien, dans le cocon de son village natal, retrouvailles avec sa mère qui a tant souffert d’une vie conjugale en pointillés, avec son ami Enzo qui n’a cessé de fuir le cloître de son quotidien morne en le survolant dans son parapente, avec Jofranka qui désormais se consacre à la cause des femmes violentées des pays d’ici ou d’ailleurs, avec sa fiancée Emma tournant le dos à leur relation à bout de souffle dont elle ne supporte plus l’intermittence. Et si ces personnages pullulent, quitte à nous perdre un peu dans le dédale de leurs histoires et leurs blessures, ce n’est que pour mieux mettre l’accent sur la vérité ultime qui se dégage de chacun d’eux : nul ne nous apparaît comme véritablement libre en son for intérieur, tous abritent de sourds et aveugles bourreaux immatériels qui, à coup de rêves ou de terreurs, modèlent impitoyablement leurs existences.

Le récit pourrait alors facilement tomber sous le joug de la noirceur la plus totale. Ce serait sans compter sur le dénouement qui, touche après touche, dans une dynamique impalpable, guide la dernière partie du roman. Dans un bruissement presque imperceptible, toujours au travers du prisme sensoriel, accompagnés par des musiques enveloppantes dont il est constamment question, au sein des portraits d’enfances qui sont doucement esquissés par-delà la brume du présent, c’est à un véritable éclatement de l’être que nous assistons. Peu à peu, dans un curieux mouvement synchronique, ce n’est plus seulement Etienne mais l’ensemble de ce choeur d’êtres qui gravitent autour de lui, qui parvient, sans pour autant bouleverser leurs choix de vie, à accéder au noyau essentiel et brûlant de leur âme. Dès lors on perçoit toute la dimension allégorique du texte polysémique que nous offre ici Jeanne Benameur. On comprend à quel point la dynamique de l’avenir peut vaincre celle du passé, à quel point les mots posés enfin sur l’intime comportent une part rédemptrice, à quel point la libération des otages que nous sommes de nous-mêmes est l’horizon d’un chemin propre à chacun qui ne peut être parcouru que sans fureur ni fracas.

Récit du brouillard qui se dissipe, Ce roman est de ceux qu’il faut lire plus d’une fois, sans doute, pour en sortir plus libre et n’être plus, enfin, ni otage ni bourreau.

 « Il y a des nuits où tout l’espace de la mémoire se déploie. (……) Il y a des nuits où se met en route quelque chose qu’aucune enfance ne résout. » (pp.112-113)

 (Otages intimes. Jeanne Benameur. Editions Actes Sud : 2015. 192 pp.)

 

Petit Piment – Alain Mabanckou

 

Une fois n’est pas coutume, c’est grâce à Lecteurs.com que je découvre un auteur que je ne connaissais que de nom : Alain Mabanckou (j’avais lu sa préface du très fort Une colère noire ; Lettre à mon fils mais aucun de ses romans).

Et quelle découverte !

J’ai passé un vrai beau moment de lecture, grâce à ce roman foisonnant, luxuriant pourrais-je dire, au rythme emmené et presque joyeux, malgré la thématique de départ assez tragique. En effet, le narrateur prénommé Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko (qui signifie en lingala : « rendons grâce à dieu le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres » … Rien de moins !), puis Moïse, puis Petit Piment, nous conte avec une bonhommie désarçonnante son arrivée au monde et de quoi sera fait son enfance et son adolescence (jusqu’à une bonne partie de sa vie d’adulte finalement) : abandonné une semaine après sa naissance, il est recueilli dans un orphelinat de Loango par le prêtre Papa Moupelo, celui-là même qui lui a donné ce drôle de nom à rallonge. Personnage qui façonnera le héros et aura un rôle essentiel dans sa vie mais dont il devra se séparer, de la même manière qu’il finira par quitter son meilleur ami Bonaventure Kokolo. On le suit donc de l’orphelinat jusqu’aux rues menaçantes de Pointe-Noire, en passant par la maison close de sa nouvelle protectrice, véritable mère maquerelle Zaïroise « Maman Fiat 500 ». Le lecteur suit donc les intrigues et autres rebondissements de ce Petit Piment avec grand plaisir –et un sourire au coin des lèvres-, découvrant en filigrane l’histoire contemporaine du Congo : l’indépendance, la révolution socialiste, la corruption, les conflits ethniques, la pauvreté, la condition des femmes, tout cela à travers des personnages tous plus truculents les uns que les autres, émouvants, étonnants, cruels, empruntant parfois au réalisme magique d’un Gabriel García Marquez.

Vous aussi, laissez-vous séduire par ce beau récit initiatique à la langue simple mais si riche, humble, drôle et pétillante parfois, désarmante de sincérité et de dureté aussi, toute faite de poésie et d’inventivité.

De mon côté, je suis ravie de cette excellente rencontre ! Et me replongerai avec plaisir dans un autre de ses romans.

(Petit Piment – Alain Mabanckou. Editions du seuil :2015. Collection Points :2017)

 

 

La distance qui nous sépare – Renato Cisneros

 

Il m’a fallu quelques pages avant de comprendre ce que je lisais là : ce qui, dans mon esprit, semblait au départ être le récit totalement fictif d’un homme écrivant sur son passé familial et en particulier sur son père décédé, s’est avéré n’être ni plus ni moins que le récit biographique de l’existence de celui qu’on a surnommé « El Gaucho », ce général péruvien aux thèses fascisantes qui a été amené pendant la dictature au Pérou, et après, à assumer de lourdes tâches politiques très controversées par la gauche, ce proche de Videla et de Pinochet, caractérisé par son douteux goût de l’autorité et de la revanche, récit fait en outre par son propre fils, alors journaliste renommé dans son pays.

Il m’a fallu, disais-je, quelques pages pour percevoir la nature quasi-historique du roman que je tenais entre les mains, et pourtant l’illusion première, tenace, ne s’est jamais vraiment dissipée au fil de ma lecture. C’est que ce texte est doté d’un curieux don, celui de nous suspendre comme en équilibre entre ce qui relève du discours intimiste et presque psychanalisant, et ce qui relève des faits historisés et certifiés par la mémoire collective. Dans un état de vibration permanente, cet écrit, qui se laisse donc difficilement emprisonner dans une quelconque qualification, nous contraint à osciller sans cesse, tout plongés que nous sommes dans notre incertitude quant à la nature de ce à quoi nous nous trouvons confrontés.

Durant de longs espaces textuels, il nous semble en avoir le cœur net : la volonté de l’auteur est bien de nous transmettre la difficulté d’un fils à tout bonnement exister au milieu d’une généalogie si pesante, parfois même oppressante, où non seulement le père a joué toutes les cartes de l’héroïsme mis en scène, mais aussi où toutes les unions des générations antérieures, marquées par le sceau de l’illégitimité, ont semblé forcer le destin. Perdu sur ce fil génétique, abandonné sur cette lignée presque programmatique et cousue d’or où se mêlent la reconnaissance – fût-elle critique – de l’Histoire, et les histoires d’amour vécues sur le mode à la fois du triomphe et du conte de fées, l’auteur-narrateur, alors en pleine rupture amoureuse, prend la plume suite aux conseils d’un psychanalyste pour, selon ses dires explicites, se dépêtrer des mille filets qui l’enserrent et parvenir à  façonner sa propre vérité subjective concernant la figure imposante de son père. L’acte d’écrire est donc conçu comme le seul lui permettant de s’extraire de la pression implicite que celui-ci, même mort, continue d’exercer, et de commencer enfin, véritablement, à dessiner les contours de sa propre individualité. Cette perspective semble même évidente lorsque l’écriture s’attarde sur les souvenirs symboliques de l’enfance de l’auteur : ses premiers émois amoureux, la confession de tout ce qui, enfant ou adolescent, le rendait honteux ou complexé, les réminiscences toutes sensorielles du vécu familial, l’écho émotionnel complexe de la mort de son père, et j’en passe.

Et puis nous tournons la page, et là, face à un nouveau chapitre, de nouveau nos certitudes s’effondrent, de nouveau notre analyse flanche, de nouveau nous en venons à douter. Non, l’auteur nous raconte autre chose : il expose désormais et plutôt clairement, voire brillamment, le contexte politique péruvien de sa jeunesse, la violence de la confrontation entre les pouvoirs politico-militaires dont El Gaucho était l’un des piliers, et les mouvements marxistes radicaux usant du terrorisme, dont bien sûr le Sentier Lumineux. L’évocation du père se fait plus froide, plus mesurée. Nous le percevons alors dans la globalité de sa carrière, totalement accaparé par l’ampleur des tâches qui lui incombent, en arrivant à délaisser la sphère familiale, n’occupant son espace que par intermittence, emmuré dans un mutisme peu propice au tissage de liens véritables.Convaincus d’être dès lors sur la bonne piste, nous nous empressons de rectifier mentalement le tir, et de classer le texte parmi ceux dont la prétention est avant tout de relater l’existence d’un homme public perçu comme tel, et relayons aux oubliettes notre précédente lecture intimiste. Jusqu’au chapitre suivant où de nouveau nous nous surprenons à vaciller…

Mais sans doute est-ce là, dans ce point d’interrogation permanent, la grande force de ce livre. Sans doute le talent de Renato Cisneros est-il précisément logé dans cet inconfortable lieu où il place son lecteur, mis en incapacité totale de répondre avec certitude et de façon définitive à cette grande question qui guide et parcourt tout le texte : s’agit-il là d’une entreprise d’intimisation d’une figure publique aux implications à la fois politiques et militaires, ou bien plutôt d’un récit biographique, voire autobiographique, aux contours intimistes ? Où placer avec exactitude la frontière entre vie publique et vie émotionnelle ? Comment saisir ce personnage-auteur-narrateur sur lequel convergent à la fois le faisceau de l’histoire et celui de la problématique existentielle ?

Le vertige nous saisit car il s’agit bien du même homme narré de bout en bout, éclairé par une lumière mouvante le faisant apparaître tantôt comme un dictateur en herbe, tantôt comme un être torturé et confronté comme chacun aux affres de la vie parentale, conjugale et intime. Le malaise qui s’empare de nous dès lors que nous comprenons que ces deux fils narratifs sont indémêlables signe la puissance de ce récit qui ne cède jamais à une quelconque simplification. Nous n’aurons ici ni discours à charge ni éloge, ni incrimination ni glorification. Ce parti pris dérange parfois car il met le doigt sur ce que précisément nous ne voulions pas voir : la part d’humanité inaliénable à tout être, cet être fût-il un personnage impitoyable et sanguinaire. Ici toutes les cartes sont en permanence rebattues et on glisse comme par mégarde sur un terrain sur lequel précisément on ne voulait pas mettre le pied : celui où sont mis face à face, sans qu’aucun choix ne soit établi, l’homme et son œuvre.

S’il est vrai que je ne classerais pas cet ouvrage parmi ceux dont le souvenir m’est impérissable, je lui reconnais sans scrupules ni réserve le mérite et l’audace de faire voler en éclats un certain nombre de nos repère préconçus.

La tâche initiale fixée par l’auteur lui-même me semble pleinement réalisée : dans un discours juste où sont mis à mal tous les monstres et tous les saints, celui-ci parvient avec brio à réduire « la distance qui le sépare » de son géniteur, à s’approprier une image de ce dernier qu’il s’est enfin lui-même forgée et, par-là même, à se frayer une place à sa mesure dans la complexe généalogie des fantômes qui l’entourent. On l’imagine presque, en lisant ses mots, cet auteur saisissant la plume comme d’autres saisissent la pelle, s’attelant dans une forme toute littéraire du rite initiatique, au dur labeur de déterrer le corps symbolique du père de son for intérieur, pour mieux l’enterrer, inoffensif désormais, à côté de lui…

« Dans ces pages, j’ai engendré El Gaucho, en donnant son nom à une créature imaginaire, afin de devenir son père littéraire. La littérature est la biologie qui m’aura permis de le mettre au monde, à mon monde, en provoquant sa naissance dans la fiction. » (p.310)

(La distance qui nous sépare. Renato Cisneros. Christian Bourgois Editeur : 2017. 318 pp.)

 

The missing part + La Cachette – Baro d’evel Cirk Cie

Octobre 2017, festival Circa, Auch (32)

Dans ma vie, en général, j’adore aller au cinéma seule mais lorsqu’il s’agit d’aller à un spectacle ou à un concert, c’est une tout autre histoire ! Or, je n’ai trouvé personne pour m’accompagner voir « La Cachette » et, pour être honnête, après deux soirées un peu arrosées, un horaire en décalé et le fait d’y aller sans personne, je n’étais pas dans les meilleures prédispositions pour ce spectacle hybride…

Je ne parlerai pas du court-métrage « The missing part » parce que -ne connaissant pas l’univers de la compagnie de cirque Baro d’Evel- il m’a manqué des codes pour pénétrer ce monde onirique des plus étranges et pouvoir l’apprécier à sa juste valeur ; oui, je suis passée complètement à côté. Je dois tout de même reconnaître que la fin de ce petit film m’a assez touchée. Mais c’est surtout sur l’après que j’aimerais écrire même si les mots vont sûrement me manquer.

Parce qu’après ce visionnage est venu le moment du concert et c’est là qu’une chose étrange s’est produite. Quelque chose qui a à voir avec les sens, tous les sens, quelque chose d’assez difficile à décrire… Comme une vraie connexion. Ce concert se nomme « La Cachette », l’endroit où l’on enfouit ses désirs les plus insaisissables, peut-être ; le lieu des angoisses les plus sournoises, de la réflexion intime et solitaire, de la folie à fleur de peau… Tout ce qu’on voudrait nous obliger à ne pas montrer dans la « vraie » vie, ce qu’on nous demande souvent de cacher, justement.

Et eux… Ils sont là, face à nous, tous les trois. Nicolas Lafourest le guitariste, Blaï Mateu Trias, le percussionniste (et pas seulement !) et Camille Decourtye, la chanteuse. Ils sont dans leur cachette –avec le public- et dévoilent tout ; nous offrent tout, avec l’énergie du désespoir, l’autodérision salvatrice et l’ironie grinçante, la générosité brute. La voix de la chanteuse est percutante, ne pouvant laisser indifférent, qu’elle chante ou qu’elle parle. Elle hurle sa colère ou susurre ses mots d’amour, parfois l’inverse. Même ses silences transpercent le cœur. Elle est flippée mais n’a pas peur de le dire : elle est entière. Les trois à leur façon d’ailleurs.

Je suis sortie de cet instant « hors du temps » complètement déboussolée, incapable de parler ou de mettre de l’ordre dans mon cerveau. J’étais seule et heureuse de l’être, dans ma bulle, dans l’émotion que je me suis prise en pleine figure. Envie de la garder pour moi, comme un trésor que l’on voudrait cacher et garder secret. Le hasard fait bien les choses, finalement, parce que c’est sans doute cette « solitude » non choisie qui m’a permis d’être absolument dans ce présent troublant.

 (The Missing Part + La Cachette – Baro d’evel Cirk Cie. 2015 + 2016)