L’Alcazar, l’envers d’un music-hall – La compagnie Chap’ de Lune

 

 

Août 2017, Festival International de Théâtre de Rue, Aurillac (15)

Imaginez une tente militaire, vous savez… Une simple tente militaire kaki, rectangulaire, sans âme, presque triste pourrions-nous dire. Imaginez cette tente et rajoutez-lui un nom quelque peu énigmatique « L’Alcazar » fait de belles lettres rouges et dorées. Rajoutez-y aussi d’étranges fenêtres ou ouvertures, difficile à dire. Et attendez. Le spectacle va bientôt commencer… Une drôle de créature arrive, une vieille dame en marionnette qui vient introduire l’histoire à venir et qui invite à prendre place : il est temps pour vous de choisir votre vanterne, plus ou moins discrète, plus ou moins grande, plus ou moins de face, plus ou moins près des personnages.

Déjà inhabituel comme procédé, ne trouvez-vous pas ?

Et puis… Et puis… Laissez-vous emporter par la magie du décor car vous allez en avoir plein les mirettes : il y en a partout. Des dessous, des valises en carton, des fioles à peine cachées, un phonographe, des plumes et de belles robes de soirée, un petit guéridon et son broc de toilette, quelques miroirs pour se maquiller… Et tant d’autres petits détails dissimulés. Avant même les premiers mots prononcés, la poésie est présente dans chaque recoin de cette simple tente militaire. Et plus encore que tout cela si vous choisissez bien votre emplacement : il y a cette odeur indéfinissable ; l’odeur que vous imaginez parfaitement être celle d’une loge de cabaret en mille neuf cent quatorze. Oui, vous venez de faire un bond en arrière d’un siècle sans même vous en être aperçu.

Elles sont trois. Trois artistes de music-hall.

Il y a LA BASTIENNE ; la femme forte et respectée qui cache ses fêlures grâce à sa voix et son rire puissants, qui impose sa vision du monde à l’aide de sa canne dont elle a de plus en plus de mal à se séparer tant les douleurs physiques l’oppressent mais qui est encore capable de prouesses techniques. La Bastienne, qui n’arrive pas à choisir entre une vie de liberté, de débauche et l’envie d’être une « Madame ».

Et puis il y a la russe IRINA, la frêle et fragile Irina, celle à qui l’on se confie, celle qui a connu la misère et le désarroi mais qui ne s’avoue jamais vaincue et qui est capable de tout tenter pour se sentir reconnue : Irina excelle dans le jeu de pantomime, Irina danse telle une Loïe Fuller aux voiles blanches oniriques, Irina ensorcelle les cœurs quand elle chante avec son accordéon.

LOLA, elle, est une remplaçante et a la merveilleuse naïveté des débutantes. Elle les rêve, les paillettes, les plumes et autres flonflons. Elle les admire ses camarades de jeu, celles qui –tout du moins au début- ne se privent pas de se gausser de sa gaucherie, pour ne pas dire de sa niaiserie. N’ont-elles pas remarqué que c’est surtout la peur de mal faire qui donne cette impression de maladresse ? Mais au-delà de la peur, Lola est sans doute la plus forte face à l’adversité. En tout cas la plus dans la réalité de l’instant.

Elles sont belles ces femmes qui se débattent comme elles peuvent sur scène comme dans leurs vies : elles luttent contre la violence et la force des hommes, contre la douleur et l’image d’un corps vieillissant toujours trop vite pour les spectateurs, contre les idées reçues, contre l’enfermement. Elles sont simplement belles et vivantes.

Elles sont trois, comme le nombre de tableaux : là est l’autre particularité de cette représentation. L’envers du décor avant le spectacle, pendant le spectacle et après le spectacle. Véritable mise en abyme qui met en lumière le fil si ténu entre le réel et l’imaginaire, entre l’acteur et le spectateur, entre ce qui est montré et ce qui est caché. Mais finalement, qui est le plus impudique dans cette histoire ? Celle qui se dénude sans gêne ou le (la) spectateur (trice) qui joue presque le rôle de voyeur ?

Peut-être moi, finalement, celle qui regarde et m’immisce, mais avec une telle délectation que j’en redemande !

 (L’Alcazar, l’envers d’un music-hall. Compagnie Chap’ de Lune. Metteure en scène : Hélène Vieilletoile. 2017)

Le site de l’asso Chap’ de lune consacré au spectacle: c’est ici!

 

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