Grosse colère – Mireille d’Allancé

 

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un album jeunesse que nous avons à la maison depuis près de quinze ans… Grosse colère. Il est d’actualité pour moi parce que malgré mon âge qui voudrait que j’acquière une certaine sagesse (au moins que je commence !), je suis en colère, très en colère pour un tas de raisons : le travail, certaines personnes de mon entourage, la façon dont se profilent les présidentielles, l’attitude de nos hommes politiques, la situation des femmes (qui se font traiter « d’hystéros » dès qu’elles l’ouvrent un peu en plus !) qui équivaut pour moi à un racisme quotidien, presque « invisible », vous savez celui qui fait régulièrement entendre « mais non, ce n’est pas grave, ce n’est pas ce qu’il a voulu dire » ou « Rrhoo, faut pas tout prendre mal comme ça », etc.

Eh bien oui, en ce moment, je suis en colère. C’est curieux les coïncidences du quotidien car avant-hier soir, mes deux plus jeunes ont voulu relire ce petit livre que j’avais presque oublié et il m’a fait du bien…

Un soir, Robert –cinq ans peut-être- rentre à la maison après une très mauvaise journée et s’en prend à son papa, qui ne l’entend pas de cette oreille. Et c’est une fois puni dans sa chambre qu’il sent monter en lui une drôle de Chose qui sort de lui et qui va faire toutes sortes de trucs bizarroïdes !

Il m’a fait du bien cet album parce qu’il met en images et en mots un drôle de sentiment qu’on a tous en nous, qu’on a tous plus ou moins de mal à dominer et il pose la question essentielle de quoi faire de lui quand il est là et qu’on ne peut plus faire semblant. Il a fait du bien à mes p’tites zouailles aussi parce qu’il permet de relativiser, de prendre un peu de distance et j’ai même pu leur expliquer que moi, cette histoire, ça m’était déjà arrivé pour de vrai alors que j’étais bien plus âgée que Robert (j’avais dix-sept ans !!) et non, ça ne leur a pas fait peur (quoi ? Maman capable de faire ça alors qu’elle était déjà un peu grande ??), je crois qu’ils ont plutôt pensé que ce sentiment bizarre et parfois indomptable, tout le monde pouvait le ressentir et pas seulement les petits comme Robert… Lecture du soir très rapide mais très riche qui peut se faire à tous les âges (enfin, presque, je ne le lis plus à mon aînée qui va avoir quinze ans !) et qui peut aider à faire sortir les mots et les sentiments compliqués qu’on a dans sa tête.

(Grosse colère. Mireille d’Allancé. Editions L’école des loisirs : 2000. Collection lutin poche: 2001)

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La Passe-Miroir ; tome 1 : Les fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

 

Après une lecture assez longue, riche mais « éprouvante » de l’indescriptible Le Garçon de Marcus Malte (par chance, mon acolyte avait déjà lu et chroniqué ce roman car je crois que j’en aurais été bien incapable !), je décidai de m’accorder un peu de légèreté en me plongeant dans un univers qui m’est totalement étranger, la littérature jeunesse… Littérature “young adult” devrais-je écrire pour être plus précise ou parce que d’un point de vue marketing, c’est ce qui se dit… Ou alors, littérature “Fantasy”, genre dont je suis complètement néophyte, à vous de choisir. Toujours est-il que la couverture du roman choisi me plaisait et que j’en avais entendu du bien. J’ai donc démarré la lecture de La Passe-Miroir ; tome 1 : Les fiancés de l’hiver assez enjouée et curieuse de découvrir un nouveau genre.

Ophélie, jeune femme maladroite et mal fagotée, vit sur l’arche d’ « Anima », entourée de sa famille et surtout de ses objets, dont elle peut lire le passé. Elle a un autre don : elle est capable de traverser les miroirs pour aller là où bon lui semble. Elle est simple et réservée, elle semble heureuse et elle aime la compagnie de son grand-oncle. Ce bonheur ne va pas durer car elle va devoir quitter son monde afin d’épouser un homme qu’elle ne connaît pas, Thorn (le prénom à lui seul lui donne des frissons), qui non seulement ne fait pas partie de son clan mais surtout qui vit sur une autre arche hivernale et antipathique, le « Pôle ». Pourquoi elle ? Elle ne le sait pas mais s’aperçoit assez vite qu’elle est l’objet d’un complot mortel. Elle va donc devoir faire face à une multitude de mésaventures, à nombre de situations dangereuses pour comprendre ce drôle d’univers qui l’entoure et pour ne pas mourir.

Soyons francs, je ne vais pas me faire que des amis aujourd’hui ! Oui, je suis allée faire un tour sur la blogosphère et je n’ai trouvé presque que des critiques dithyrambiques sur ce roman mais j’ai du mal à partager complètement cet enthousiasme.

Je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment de lecture, ce serait mentir… Je dois même avouer qu’il y a de fortes chances que je lise la suite car on reste forcément un peu sur « notre faim » étant donné que le premier tome s’arrête en plein suspens. La protagoniste est assez attachante, sorte d’anti-héroïne pleine de maladresse et l’on suit sans déplaisir son récit semé d’embûches, belle allégorie du passage de l’adolescence au monde désenchanté des adultes, comme un rite de passage, un conte initiatique, en quelque sorte.

Moi qui ne suis pas très « fantasy », j’ai bien aimé l’idée de l’ancien monde qui a explosé pour donner naissance à diverses arches, flottant dans les airs, chaque arche ayant un système politique différent, une culture différente et là encore, le côté métaphorique m’a plutôt bien plu.

Les personnages secondaires sont plutôt bien construits et permettent à l’héroïne d’avancer dans sa réflexion, dans sa prise de conscience mais…

… Voilà, ce roman manque de subtilité et de profondeur. On sait presque dès les cinquante premières pages comment vont évoluer les personnages, la trame restant somme tout assez « binaire », malgré quelques tentatives de donner un peu plus de corps à certains personnages. Ce qui m’a le plus gênée, je pense, ce sont justement ces descriptions qui reviennent à chaque nouveau dialogue, descriptions répétitives et assez pauvres d’un point de vue littéraire. Quand je lis une fois, puis deux, puis trois que Thorn est grand, maigre et qu’il a un regard glacial, je n’ai pas besoin qu’on me le répète constamment. Un exemple parmi tant d’autres.

Mais je le redis, j’ai passé un moment de lecture assez agréable et je suis tout de même contente de m’être plongée dans une nouvelle « arche » littéraire, un peu comme Ophélie, finalement.

 (Les fiancés de l’hiver. Christelle Dabos. Editions Gallimard Jeunesse : 2013)

Le défi du quatrième trimestre

Nouveau défi à quatre mains (les mêmes que pour le défi n°3) pour fêter les un an du blog, à quelques jours près. Pas très joueurs, dans mon entourage mais deux, c’est mieux que tout seul! Alors rien que pour cela, allez découvrir ce nouveau défi en cliquant ici ou sur « le défi du trimestre » dans le menu.

La fête interdite – André-Marcel Adamek

En formidable conteur, André-Marcel Adamek nous enchante avec un bien étrange périple truffé d’aventures, de surprises, de situations périlleuses ou rocambolesques, d’histoires d’amour et de mort, qui n’est pas sans rappeler –dans une certaine mesure- les romans picaresques espagnols du seizième siècle.

Nous voilà embarqués dans les contrées de Marselane, peut-être au dix-septième siècle mais très certainement en octobre. En effet, le dix-sept octobre de chaque année, les villageois ont l’habitude de voir la fête annuelle des forains débuter, la fête de la Saint-Luc, point culminant d’une année de durs labeurs, laissant des images dans la tête et permettant à tous de passer le long hiver à venir. Cette année-là, un événement va bouleverser les traditionnelles festivités. Sadim, le montreur d’ours, est venu en éclaireur mais par le truchement d’incidents malheureux, la fête n’a pas lieu et les saltimbanques décident de jeter une malédiction sur tout le village. Raison pour laquelle, après décision du Conseil, commence l’expédition du vieil Alban et de Lauric le forgeron, mandatés comme sages émissaires afin d’aller à leur rencontre et leur faire recouvrer la raison. Les deux compères partent donc à la recherche de cette communauté extraordinaire, faisant la rencontre d’une multitude de personnages plus truculents, plus farfelus les uns que les autres et qui sont magnifiquement décrits, magnifiquement mis en scène par l’auteur. Ces personnages secondaires -presque irréels parfois- sont pour moi comme une allégorie de l’humanité entière, dans ce qu’elle a de plus beau et de plus misérable.

Oui, ce roman de Marcel-André Adamek –La fête interdite– est un beau conte humaniste, où le langage cocasse se mêle comme par magie à une langue plus poétique, pleine de charme et de surprises et je ne peux que remercier mon amie Cocaminath (qui a partagé quelques ateliers d’écriture l’an dernier) qui m’a fait découvrir un genre littéraire que je lis très peu : elle m’a permis de sortir un peu de mes sentiers battus et de me laisser porter par un univers drôle et émouvant. Moment de lecture très agréable.

 (La fête interdite. André-Marcel Adamek. Editions Espace Nord : 2009)