La douleur – Marguerite Duras

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« Les Allemands faisaient peur comme les Huns, les loups, les criminels, mais surtout les psychotiques du crime. Je n’ai jamais trouvé comment le dire, comment raconter à ceux qui n’ont pas vécu cette époque-là, la sorte de peur que c’était. » (p.92)

 

C’est à la lecture d’une chronique d’une certaine Lola du blog « Horizon des mots », en juin dernier, que j’avais eu envie de me replonger dans les écrits de Marguerite Duras, que je connais peu finalement. Ses mots avaient sonné juste à mon esprit et avaient aiguisé ma curiosité. Direction la petite bibliothèque de mon village pour réserver La douleur… Et il a mis du temps à venir jusqu’à moi, ce livre, ce qui m’a permis « d’oublier » la fameuse chronique. Et pourtant !

Ce sont exactement les mêmes impressions, les mêmes sensations qui m’ont envahie à la lecture de ce recueil (Une fois La douleur terminé, j’ai pris un peu de temps pour relire la chronique de Lola –elle est ici).

Nous voilà donc face à un récit, un journal, débuté en mille neuf cent quarante-sept et retravaillé jusqu’à quarante ans plus tard. C’est dire à quel point Marguerite Duras aura été prise sa vie durant par le même maillon de son existence, la seconde guerre mondiale et ses cruelles traces indélébiles.

Pour moi aussi, le récit le plus poignant est le premier, « La douleur », qui serait pourtant le dernier si l’on suivait l’ordre chronologique des six textes proposés par Marguerite Duras car il se déroule à la fin de la guerre (et au début de l’après-guerre) alors que les récits suivants évoquent les deux dernières années de l’occupation.

Dans ce premier texte on découvre l’attente insupportable du retour possible du mari de Marguerite Duras, Robert Antelme, résistant déporté à Dachau le premier juin mille neuf cent quarante-quatre. Elle y décrit avec tellement de précision et de force toutes les douleurs : la douleur du silence (« Robert L. » est-il encore en vie ?), la faim, la folie ou la peur de devenir folle, le sentiment de lâcheté, la douleur de son mari qui reviendra des camps tel un mort-vivant, la douleur de le voir ainsi, la douleur de ne plus l’aimer, celle d’en aimer un autre. En lisant ce journal abrupt et fait de contradictions, au style oralisé, on a la sensation que Marguerite Duras parle, se parle, nous parle. Et ce qui est plus frappant encore, c’est de s’apercevoir que malgré l’horreur de la « grande » Histoire, l’histoire individuelle -celle de l’intime- ne peut pas disparaître ; tout se mêle, se confond, de la même manière que Marguerite Duras joue avec les points de vue, les regards… Peut-être la seule façon pour elle de décrire, de nommer l’innommable. Et de nous montrer à quel point cette période de l’Histoire a encore un impact si fort, tant d’années après.

Lecture difficile mais lecture nécessaire.

« On entend toujours les joueurs. Robert L. lui, on ne l’entend toujours pas. C’est dans ce silence-là que la guerre est encore présente, qu’elle sourd à travers le sable, le vent.[…] Il a vu que je le regardais. Il clignait des yeux derrière ses lunettes et il me souriait. Il remuait la tête par petits coups, comme on fait pour se moquer. Je savais qu’il savait, qu’il savait qu’à chaque heure de chaque jour, je le pensais “il n’est pas mort au camp de concentration.” » (pp.72-73)

(La douleur. Marguerite Duras. Editions P.O.L : 1985. Collection folioplus classiques : 2011)

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TAG – Pocket Jeunesse

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En attendant la reprise des chroniques qui tardent à venir, voilà un nouveau TAG de chez Pocket Jeunesse, histoire de réaliser à quel point le temps me manque en ce moment (ou l’envie, d’ailleurs !). Mais par contre, je ne suis pas sûre de bien comprendre… Liste d’envies = Ce qu’on a envie de lire et qu’on n’a pas ? Ou ce qu’on a envie de lire et qu’on a déjà ? Ou les deux ?

Je vais choisir la dernière option !

1) Quel devrait être votre prochain achat ?

– Sans doute La colère des aubergines de Bulbul Sharma pour le défi du trimestre à venir, sur notre blog.

 

2) Quel roman que vous ne possédez pas vous fait envie depuis très longtemps ?

La faute à Mick Jagger de Cyril Montana.

Les âmes sœurs de Valérie Zenatti.

-Pas un roman mais il suit mes listes au fil des années (bientôt dix ans !) : Les chants du monde. Carnet de notes de Nilda Fernandez.

 

3) Citez un livre Pocket Jeunesse qui est sur votre liste d’envies.

-Je n’en avais toujours pas mais en fouillant sur le site (bien joué Pocket Jeunesse !), La vague de Todd Strasser m’intrigue !

 

4) Quel livre aimeriez-vous qu’on vous offre ?

-Le dernier Laurent Gaudé : Ecoutez nos défaites. Ou, pourquoi pas, un livre d’Yves Simon que je n’ai pas encore… Epreuve d’artiste. Dictionnaire intime, par exemple. Ou La compagnie des femmes.

 

5) Citez un livre français de votre wishlist.

-Une amie m’a offert il y a quelques mois Rue des Voleurs de Mathias Enard. Le temps me manque mais l’envie est là !

 

6) Citez une suite de série que vous aimeriez posséder.

-Elena Ferrante. L’amie prodigieuse (3 tomes et je n’ai que le 1er ! Le 3ème sort en janvier 2017, tout comme le 2nd tome en poche !)… J’ai hâte d’acheter Le nouveau nom.

 

7) Citez un livre qui est sur votre wishlist parce que vous aimez sa couverture.

Le gang des rêves de Luca Di Fulvio (Editions Slatkine et Cie). Je l’ai offert à une cousine qui, apparemment, l’a dévoré !

Il y a aussi La vallée des poupées de Jacqueline Susann, acheté cet été parce que j’aime la couverture et toujours sur ma table de chevet…

 

8) Citez un livre qui est sur votre wishlist parce que vous avez déjà lu et aimé son auteur.

Le royaume d’Emmanuel Carrère. Les deux romans lus cette année (Limonov et D’autres vies que la mienne) m’ont vraiment plu.

 

9) Quel résumé de livre présent sur votre liste d’envies vous intrigue particulièrement ?

-Une autre amie m’a offert La vérité sur l’affaire Savolta d’Eduardo Mendoza. Intrigant ce mélange de roman noir et la période historique (début XXème en Espagne).

 

10) Citez un roman de votre wishlist dont vous ignorez de quoi il parle avec exactitude.

-Encore un cadeau de cet été ! Le Cri du sablier de Chloé Delaume.

 

11) Quel roman présent sur votre wishlist vous a été recommandé ?

-Recommandé et offert cet été (oui, j’ai été gâtée) : La fête interdite d’André-Marcel Adamek.

 

12) Quel roman est déjà dans votre wishlist alors qu’il ne sort qu’en 2017 ?

-Zeruya Shalev : Douleur.

-Daniel Pennac : Le cas Mallaussène, tome 1.

De quoi bien terminer 2016 et bien commencer 2017…

Et vous ? Vos envies de livres ?

La femme de trop – La compagnie Marcel et ses drôles de femmes

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Octobre 2016, festival Circa, Auch (32)

Il y a dans cette histoire quelque chose de maladroit et de sublime à la fois… Avec cette question comme un leitmotiv : Mais quelle est celle de trop ?

-Marcel qui joue à être une femme ?

-Marine, petite lutine qui sort d’un livre pour enfants ?

-Liza, celle qui « aime tout » et qui joue de son côté androgyne ?

-Angèle à la voix grave et intense ?

-Ou Noémie, celle qui chante et qui essaie (ou pas !) de remettre un peu d’ordre dans ce beau bordel ?

Et qui sont-elles vraiment ces femmes étranges ? Seulement une couleur ? Seulement un stéréotype ? Seulement une paire de baskets ou une paire de talons hauts ?

Peut-être finalement qu’elles sont toutes à un moment ou à un autre cette femme de trop. Peut-être qu’elles ont toutes un peu de l’autre à l’intérieur du ventre… Elles sont belles et drôles, ridicules par moments, violentes aussi ; cruelles ? Sans doute plutôt maladroites dans les rapports à l’autre ou tristes, mélancoliques. Elles sont grandes et minuscules, sûres d’elles et complètement flippées. Toutes ensemble et tellement seules.

Et c’est à travers et tout autour de leurs cadres aérien et coréen qu’elles nous emmènent dans les méandres de leurs sentiments, questionnements, inquiétudes : elles volent, elles tombent, se relèvent et puis elles dansent, elles vont dans tous les sens, n’en finissent pas d’espérer, d’y croire ; elles avancent en chantant, trébuchent encore et continuent d’avancer.

Comme nous toutes, finalement. Je me suis reconnue en chacune d’elles, dans l’énergie, dans la place qu’elles voudraient avoir mais qu’elles n’osent pas toujours prendre, dans leurs contradictions et, bien-sûr, dans ce qui les émeut.

Alors, malgré quelques longueurs ou « baisses de régime » comme s’il avait été difficile au moment de l’écriture de trouver une fin, malgré quelques scènes (rares !) qui gagneraient en densité en allant plus vite à l’essentiel, je me dois de dire que dix jours plus tard, ce spectacle est encore en moi ; je me sens déjà loin de ces vacances un peu hors du temps, je suis revenue de plein pied dans ma réalité et pourtant, il me reste le sourire en coin, les regards, les silences ou au contraire le tumulte du groupe, l’émotion qui passe avec « trois fois rien » (une voix et un ukulélé ont réussi à m’émouvoir jusqu’aux larmes), la vibration de figures acrobatiques si belles dans les airs, le travail sur la chute, l’idée du clan mais aussi de l’entité de chacun, la place que l’on essaie de trouver dans cette drôle de société.

Ce spectacle de cirque est beau, simplement beau…

(La femme de trop. Création collective de la Compagnie Marcel et ses drôles de femmes. Mise en scène : Alba Sarraute Pons. 2015)

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♥Mention spéciale aux choix musicaux qui sont électrisants : la famille n’écoutera plus jamais « Mr Lonely » de la même manière !

Halka – Groupe Acrobatique de Tanger

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Octobre 2016, festival Circa, Auch (32)

N’étant pas une spécialiste du cirque actuel, je rentre sous un chapiteau ou dans une salle de spectacles vierge de connaissances ou d’a priori. J’attends que la lumière s’éteigne, je laisse mon esprit aller là où il a envie afin de me laisser porter par un univers. Mais cela ne fonctionne pas toujours.

Dans « Halka », malgré la musique souvent entraînante et les prouesses techniques de ce Groupe Acrobatique de Tanger, je n’ai pas été emportée. Je n’ai pas bien compris où ces quatorze acrobates voulaient nous emmener. On le devine, par moments, par bribes… On imagine bien qu’ils nous racontent leur propre histoire, leurs souvenirs, leur rapport intense à leur culture et à ses traditions. On voyage, bien sûr, mais ce spectacle n’a pas résonné en moi comme une évidence : trop de scènes ne font pas vraiment sens et l’on n’arrive pas à croire à leur union. Comme s’il manquait l’énergie ; pas celle qui se dégage de leurs acrobaties qui sont pour la plupart époustouflantes et où il nous arrive même de retenir notre souffle mais je veux parler de l’autre énergie : celle qui manque –à mon goût- c’est celle qui fait être ensemble, celle que l’on donne avec son cœur, avec son ventre, avec son âme… C’est moins vrai à la fin du spectacle qui est un peu plus émouvante, plus touchante ; le cercle formé semble plus authentique et plus accessible aussi.

Mais dans l’ensemble, je dois bien reconnaître que je n’ai pas vraiment vibré et il est pour moi indéniable que la technique artistique est importante mais là n’est pas l’essentiel. S’il n’y a pas ce petit truc en plus, s’il n’y a pas une histoire qui tient la route, une thématique qui sort de l’ordinaire ou même plus simplement si le spectateur ne sent pas l’osmose d’un groupe, un spectacle (qu’il soit de cirque ou d’un autre domaine d’ailleurs) n’a pas la même saveur… Dommage.

(Halka. Création du Groupe Acrobatique de Tanger. 2016)

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