Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

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« Je voudrais dire son histoire déchirante, singulière, aux confins de la maladie et du plus grand amour » (p.11)

C’est l’histoire d’une famille, c’est l’histoire de la maladie, de la misère sociale aussi, du déchirement et des séparations mais c’est surtout l’histoire de cette fille –Mathilde- celle qui aurait dû naître garçon, celle qui va grandir seule, qui sera le pilier de ce clan éclaté. Elle va en baver Mathilde, la vie ne lui épargnera pas grand-chose mais elle tiendra, elle luttera, souvent écartelée entre son désir de liberté si fort et cet irréductible besoin de penser aux autres, d’abord aux autres : sa famille.

Mathilde a cette beauté mystérieuse, un peu androgyne (forcément !), elle a cette intelligence intuitive –presque animale-, un instinct de survie hors normes qui la fait avancer encore et toujours, portée sans doute par l’amour incommensurable qu’elle porte à son père, cette admiration sans bornes pour cet homme jovial, charismatique, altruiste mais qui a du mal à lui dire son amour.

« Mathilde veut que Paul l’aime. Il regarde seulement Annie, il danse avec Annie. Mathilde veut des preuves d’amour. » (pp.24-25)

« Quand ils passent la porte du Balto, le père saisit la nuque de Mathilde, c’est bien mon p’tit gars, et puis il vaque à ses affaires. Elle voudrait qu’il la serre partout à la fois, la nuque et les épaules, le ventre et la tête, le dos, le visage, collée comme la galle sur la feuille de chêne » (p.29)

Comment dire avec exactitude ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman ?

Tout prend aux tripes : La force de faire entendre le bruit du bar (« Le Balto »), de la vie, de la foule, des copains, de l’amour brut de cette famille, rien qu’avec les mots écrits et puis, avec la même prouesse, faire entendre le bruit du silence, de la solitude, de l’épuisement de Mathilde.

Et puis comment ne pas parler de ce « je » mystérieux, qui est là, en filigrane ? C’est étrange car il apparaît dès les premières pages alors qu’il ne m’a frappée qu’à la p.88 : « Je sais qu’en Mathilde s’enclenche un mécanisme pour lequel elle n’a pas de mots, elle est toute sensation… ». Au moment d’une description absolument magnifique, envoûtante de la sensation que procure à notre héroïne le fait de danser… Un des plus beaux moments de lecture… Mais tout est beau, tout est charnel, tout est émotion et paradoxalement d’une dureté implacable. Ce « je » discret, narrateur qui semble tout connaître des émotions les plus profondes de Mathilde, participe de la beauté de cette histoire parce qu’il donne une dimension particulière à notre si belle protagoniste, il lui donne corps ; on la voit, Mathilde, on la sent, on l’entend respirer.

Roman qui fait battre le cœur très vite pour mieux le faire taire, roman qui met en colère et qui laisse sans voix, roman qui questionne sur l’idée de liberté, d’émancipation ; est-il possible de dire « je suis libre » ?

J’avais déjà été sidérée par la qualité littéraire de Kinderzimmer et la capacité de Valentine Goby à faire VOIR et SENTIR. Et là, malgré l’histoire et la construction complètement différentes, je suis de nouveau médusée devant son talent d’écrivaine : elle réussit à « agiter » les cinq sens de son lecteur tout en remuant son cœur et ses pensées les plus intimes. Un chef d’œuvre.

(Un paquebot dans les arbres. Valentine Goby. Editions Actes Sud : 2016)

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