Le petit Bonzi – Sorj Chalandon

 

Le petit Bonzi ou la mélancolie à l’état brut…

 

« Lorsque Jacques s’est levé ce matin, il avait juste une impression de vide et de triste en bouche. » (p.54)

« -Tu es triste ? Lui demande souvent Bonzi.

Alors, Rougeron dit que oui, un peu. Mais pas triste comme quand on meurt ou quand on est seul derrière l’arbre d’hiver […] pas triste avec des larmes. » (p.63)

« Il a senti mordre tout au fond de son ventre. » (p.67)

« Toujours aussi, Jacques lit les passants. Il lit les visages, les soucis, les regards, les rides, les mains dans les poches, la buée de froid autour des bouches. Il lit la rue. » (p.141)

 

… Comme si ce petit Jacques, ce tout petit Jacques (12 ans, pourtant) savait mieux que les grands que les mots ne peuvent pas toujours dire, que les mots entendus peuvent faire mal, que les mots du dedans ont une magie trop forte pour sortir dehors. Il est triste, Jacques Rougeron, si triste… Et pourtant, s’il savait la richesse qu’il a au fond du cœur, s’il savait comme elle est belle et rare son intelligence.

Un le sait, le sent. Un « grand » : Son maître d’école, Mr Mandrieu. Peut-être parce que Jacques ressemble à l’enfant qu’il a été ou parce qu’ils ont le même regard mélancolique. Et c’est touchant, cette relation étrange qui se joue dans cette histoire, à travers les mots –bien sûr- mais à travers le silence, surtout.

Un roman à lire, à garder au plus profond de ses trésors de l’enfance.

(Le petit Bonzi. Sorj Chalandon. Editions Grasset : 2005/ Le Livre de Poche : 2007)

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