Week-end à 1000!!!! Bilan : défi réussi.

Et oui! Pour la deuxième fois consécutive, j’ai relevé le défi malgré un week-end déjà très rempli en terme d’organisation. Faisons le point:

-53 pages qu’il me restait à lire de Douleur.

-234 pages pour Mercy, Mary, Patty.

-316 pages pour Summer.

-189 pages que je n’avais pas encore lues pour la BD Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien.

-218 pages pour Vernon Subutex 2 mais je ne l’ai pas fini!

Ce qui fait un total de 1010 pages à 23h59 ce dimanche (j’avais mis une sonnerie de réveil). Je suis très heureuse de ce temps dense de lecture, très enrichissant et sans fausse note cette fois-ci… Il est vrai que ce sont des lectures qui me faisaient de l’oeil depuis longtemps, des auteures que je connais déjà toutes. Dois-je le redire? Ce week-end à 1000 aura été pour moi un week-end 100% féminin.

Je ne peux pas encore vous parler de Vernon Subutex (je n’avais d’ailleurs pas réussi à écrire sur le tome 1, étant plutôt dans une phase « panne d’écriture ») et je n’ai pas l’habitude de chroniquer les BD mais celle-ci m’a vraiment plu: ce que j’aime plus que tout chez Ulli Lust, c’est sa totale liberté pour tout!

La prochaine fois, lancez-vous, c’est une expérience à vivre, un week-end à mille! Le suivant est en mai, je crois… Quand on peut lire au bord de la mer (ou d’un étang), dans son transat, sous un grand chêne… Bref, quand le printemps est là…

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Week-end à mille!!!! Dernière ligne droite

Sorti la veille de mes quarante ans, reçu comme cadeau d’anniversaire quelques jours plus tard (impossible de ne pas l’avoir très vite!), il m’aura finalement fallu attendre 2018 et ce nouveau week-end à 1000 pour me délecter à nouveau de l’écriture de Monica Sabolo. J’aime les mots de cette auteure, j’aime leur force évocatrice tout en poésie et en suspens et ce nouveau roman, Summer, ne déroge pas à la règle, même si je dois reconnaître qu’est née en moi une légère déception quant à la construction du récit que j’ai trouvé beaucoup plus classique que ses deux précédents ouvrages. Comme si une toute petite chose, une chose infime s’était brisée… Il s’agirait plutôt d’une fêlure presqu’insignifiante , d’ailleurs,  tant j’ai pris du plaisir à découvrir ce nouvel univers familial, cette Summer, tellement présente par son absence pour son frère Benjamin qui a pourtant eu l’impression si longtemps de l’avoir « oubliée », de ne plus avoir pensé à elle. « Je suis la preuve vivante que l’on peut vivre sans les êtres que nous aimons le plus, ceux-là même qui rassemblaient les milliers de fragments minuscules qui nous constituent. Ces êtres que l’on est terrifié de perdre, parce qu’ils nous donnent la sensation d’être réels, ou du moins un peu moins étrangers au monde, et puis, quand nous les avons perdus, nous n’y pensons plus. » (p. 13)

Elle est là Summer, dans chaque ligne, chaque mot, chaque virgule de ce récit, omnipotente, lumineuse et éclatante de beauté, mystérieuse (comme souvent le sont les jeunes filles dans les récits de Monica Sabolo) et les introspections de Benjamin, son frère cadet, n’en sont que plus douloureuses, plus violentes chacune des décisions qu’il prendra -ou qu’il ne prendra pas- dans sa vie. Là est la puissance du récit, à mon avis, dans les réflexions intimes de ce petit frère que l’on suit pendant vingt quatre années, ce petit frère qui n’aura pas réussi à vivre sa vie d’homme sans sa soeur, ce petit frère qui a perdu un bout de lui-même le jour de l’étrange disparition. « Je m’assois, et je sens la panique qui monte, je ne sais pas pourquoi je fais dans une seule journée tout ce que je n’ai pas fait durant toute une vie. » (p.280)

Elle sait, Monica Sabolo, faire monter la tension sans en avoir l’air, elle sait manier les détails qui ont toujours leur importance, elle sait nous surprendre car oui, je suis allée de surprise en étonnement et j’ai aimé -vraiment, pleinement, totalement- la fin qu’elle s’est choisie pour cette histoire. Alors, même s’il y a cette minuscule déception quant à la forme, une fois de plus, je vous conseille vivement la lecture du dernier roman de Monica Sabolo: Summer.

Et qu’importe le temps qu’il me reste pour lire le nombre de pages requis, mon défi est déjà pour moi complètement réussi au vu de la qualité de ce que j’ai lu jusqu’à présent et du plaisir intense de lecture pour chacun des romans choisis. Sinon, d’une façon plus pragmatique, il est 16h et des poussières… 692 pages au compteur. C’est chaud!

Week-end à mille!!!! Mi-parcours

 

J’ai plutôt de l’intuition dis-donc! Effectivement, je n’avais pas fini Douleur avant le début du week-end à 1000 et, effectivement, ce n’est pas évident de devoir gérer tout un tas d’autres trucs en même temps. Mais quels plaisirs de lecture!

Une nouvelle fois, je vous renvoie à l’article de Cécile sur ce beau texte de Zeruya Shalev, qui résume bien l’atmosphère du roman, même si je ne suis pas tout à fait d’accord avec la totalité de ce qu’elle en écrit mais ce doit être mon côté un peu plus « mièvre » car, contrairement à elle, je n’ai pas le moins du monde été gênée par la présence d’Ethan, ni par le fait que ce roman-ci soit peut-être moins intérieur que les précédents. Ce qui est sûr, c’est que nous avons cette auteure-là en commun! Je ne peux que vous conseiller la lecture de ses romans si vous aimez l’introspection, l’écriture parfois lancinante, toujours juste et précise. J’ai donc terminé ce roman vendredi soir, après une journée harassante et forte en émotions. 53 « petites » pages… Rajoutons 18 pages de la BD dont j’ai déjà parlé jeudi.

Samedi fut pour moi la RE-découverte de Lola Lafon (lue pour la première fois avec La petite communiste qui ne souriait jamais): Mercy, Mary, Patty. Mais quelle lecture! Comment résumer cette plongée dans le destin de plusieurs femmes d’horizons et d’époques si différents? Comment dire la force que confère au récit l’utilisation toute particulière de pronoms sujets inhabituels? Comment parler le plus justement possible d’une lecture terminée il y a moins d’une heure? Comment exprimer la résonance qu’ont eu sur moi ces interrogations incessantes -mais tout en subtilité- sur ce qui forge nos identités, sur ce qui nous donne le courage de nous engager et de ne jamais courber l’échine? Lecture à point nommé, que je vous recommande chaudement! Elle questionne, l’écriture est belle et incisive, elle raconte… Wouah! 234 pages au compteur pour ce samedi…

Ce soir? Soit Monica Sabolo, soit Virginie Despentes, je n’ai pas encore fait mon choix. Mais j’ai l’impression qu’inconsciemment, ce week-end à 1000 va surtout devenir un week-end 100% féminin… Rendez-vous demain, si tout va bien!

Nouveau week-end à 1000!!!!

 

Soyons clairs, aucune chance pour moi d’atteindre le défi ce week-end avec ce qui m’attend mais que voulez-vous, j’ai tout de même l’impression étrange que quand on goûte une fois à un week-end à 1000, on a du mal à résister. Alors, je me jetterai malgré tout la tête la première dans ces différents ouvrages qui me font envie depuis trop longtemps. On va partir du principe que demain à 19h, j’aurai terminé Douleur de Zeruya Shalev, déjà lu par mon acolyte Cécile (ce ne sera pas le cas mais faisons comme si). Ma liste est donc la suivante:

Vernon Subutex 2 de Virginie Despentes (éditions Grasset): 383p.

Summer de Monica Sabolo (éditions JC Lattès): 316p.

Mercy Mary Patty de Lola Lafon (éditions Actes Sud): 234p.

Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien de Ulli Lust (éditions Çà et Là) : une BD de 367p. dont j’ai déjà lu les 178 premières pages.

Comme d’habitude, j’essaierai de poster quelques articles pour décrire l’avancée des travaux. Mine de rien, j’attends avec impatience le moment où je vais pouvoir dire « stop: je lis ». C’est vrai… j’ai vraiment hâte.

Baisers livresques.

M pour Mabel – Helen Macdonald

 

C’est un livre brillant, foncièrement brillant, brillant au sens littéral même du terme. Un livre qui brille non pas par une supposée thématique unique qui écarterait toutes les autres, mais précisément par la multiplicité de celles qu’il chevauche et qui constitue autant de faisceaux lumineux, autant de flammes qui à la fois éclairent et envoûtent son lecteur. C’est là, en somme, un livre-diamant, un de ceux qui ne luisent pas d’un seul et pur éclat, mais qui fait jaillir la lumière de ses innombrables pores, qui distillent une voluptueuse luminosité du subtil agencement de ses différentes facettes.

Difficile donc de saisir le contenu multiforme de ce roman-kaléidoscope. Dire qu’il traite de la fauconnerie serait juste, mais sans doute de nature à en rebuter certains. Dire qu’il parle du lent apprentissage, ou plutôt réapprentissage, du monde par une femme, Helen, qui, au faîte de sa carrière universitaire, perd brutalement son père qui, précisément, lui avait tout appris du monde, et qui, pour tenter de se relever de son deuil, se met en tête de réaliser son rêve de petite fille en apprivoisant un autour, est plus proche de la réalité de l’histoire narrée. Mais là encore, je réduirais considérablement la portée et l’ampleur de cet océan narratif, de cette densité étrangement volatile qu’est le brassage continuel qui s’opère entre ces pages et dans lequel nous sommes continuellement bercés.

Car si la relation patiente et d’une douceur infinie qui s’instaure progressivement entre cette Helen dont le monde vient de s’effondrer et cette Mabel, cette femelle autour pour qui au contraire il ne fait encore que s’ébaucher est sans conteste le cœur de ce roman insaisissable, s’ajoute comme en surimpression, comme soudée à ce premier épiderme narratif, l’histoire de White, auteur dont s’est abreuvée, enfant, Helen, qui a, bien des années auparavant, mis en pages sa propre, et malheureuse, expérience de dressage d’un autour. Cette seconde trame narrative est tout sauf un accessoire formel, tout d’abord parce qu’elle rappelle sans cesse au lecteur les racines profondément ancrées dans l’enfance et dans l’imaginaire de ce désir fou de la narratrice, de son attachement sans borne à une espèce des plus éloignées de la sienne. Cette intrusion de White et de sa littérature, fait d’autre part exploser les codes narratifs, puisque de personnage qu’elle est, Helen s’en trouve sans cesse ramenée, en douceur, presque par la main, à un rôle autre et ô combien proche du nôtre, celui de lectrice, à la fois celle ingénue qu’elle fut et celle, savante, qu’elle est devenue. Il faut, je crois, y voir, dans ce récit qui ressemble fort à un récit autobiographique, une marque de pudeur, cette pudeur qui par ailleurs s’exhale de l’ensemble du roman et qui semble guider l’essentiel de son écriture. Car si la fauconnerie nous est ici contée par le menu, avec moult détails et dans une forme de didactisme fût-il brillant et toujours captivant, si toutes les implications de cette pratique ancestrale, de sa portée mythologique à sa dimension historique voire politique, de ses aspects techniques à ses récupérations patriotiques, nous sont doctement exposés, ce qui se joue continuellement est de nature plus intime : il s’agit, au fond, de l’esquisse d’une relation vacillante et fragile entre l’être blessé qu’est cette femme qui vient de perdre celui qui avait été le gouvernail de son existence, et cet animal viscéralement sanguinaire sur le point de réaliser le défi de demeurer sauvage tout en n’étant plus tout à fait libre.

Et il y a dans cette improbable combinaison, dans cette union désassortie entre douceur et violence, entre soif de tuer et besoin de renaître, entre la prévenance,l’inébranlable tendresse d’Helen, et l’instinct meurtrier de l’animal, quelque chose qui confusément rassure et apaise. Il s’agit là d’une œuvre fondamentalement, résolument optimiste. Car le cheminement que poursuit pas à pas Helen, par cet apprivoisement hors-norme qui n’est autre qu’une entreprise de reconstruction de soi, est auréolé et illuminé par le duo antinomique dont il est, avec récurrence, question,cet implacable contre-exemple que constitue « l’autre » couple dépareillé de White et de son autour Gos. Si White a, comme Helen, tenté de colmater ses failles et de soigner les maux que l’existence lui a infligés par une éducation brutale et affolée de son autour, Helen agira tout autrement : par son regard attentionné, par la délicatesse de ses questionnements, par la compassion et par l’amour, en somme, elle réussira  là où White avait échoué, et fera de Mabel ce que la nature a dicté à cette dernière d’être, et, ce faisant, fera d’elle-même ce que sa propre nature lui intimera d’ être. Il y a donc une incontournable dose de rite initiatique dans cette quête de soi, dans cette progressivité de l’apprentissage de la vie qu’Helen inculque sous nos yeux à Mabel. Tournant le dos à toutes les idées éculées, à tous les principes érigés en stèles depuis des siècles, ne se fiant qu’ à son instinct de femme, Helen parviendra à poser son propre regard sur le monde animal, un regard qui en retour lui permettra de dépasser la nostalgie de la petite fille que le deuil paternel avait cruellement installée en elle, et de devenir véritablement femme.

Pour cette raison, et sans doute pour mille autres, c’est là un roman qui prend son temps, un roman d’une lenteur inaliénable, l’un de ceux dont on s’imbibe de chaque mot, dont on s’attarde sur chaque phrase, un roman dont on ne sautera aucune ligne, aucune page. Comme cette femme claustrée dans son étrange tandem, on se trouve, le temps de quelques heures, arrêtés et comme ralentis au beau milieu du rythme effréné des choses et du monde, portés et transportés par cette écriture limpide et généreuse, et, comme elle, dans un ravissement qui a tout du recueillement, on se prend à respirer le monde, à  voir prendre forme et réapparaître devant nos yeux ces choses essentielles pour lesquelles on est si souvent aveugles, ce filament étrange et troublant qui nous lie, nous relie à la nature, et par-là même à notre nature.

« J’étais détruite. Une part fondamentale de mon être essayait de se reconstruire et le modèle à suivre était là, sur mon poing. Le faucon était ce que je voulais être : solitaire, indépendante, libérée de la douleur, insensible aux blessures de la vie humaine.

J’étais en train de devenir un autour. » (p. 124 )

 

(M pour Mabel. Helen Macdonald. Editions Fleuve : 2016. 380 pp.)